Récession ou non ? Dans la balance des arguments, le non pèse encore, mais…

Les menaces de récession ne sont pas nouvelles aux États-Unis et les craintes associées souvent justifiées à l’égard d’une économie trop longtemps tenue à bout de bras par une surabondance de liquidités, des dépenses budgétaires inconsidérées et des effets richesse immobiliers et financiers menaçant de s’évaporer. Si les risques sont indéniables, exacerbés par des taux directeurs réels à leur plus haut niveau depuis dix-sept, l’éventualité d’une telle issue reste, pourtant, discutable.

Sauf lorsqu’ils sont provoqués par des chocs externes, typiquement le Covid ou des crises financières, les épisodes récessifs correspondent habituellement à une phase de correction d’excès conjoncturels : trop d’emplois, associés à des pertes de productivité et des baisses de profits, trop d’investissements que les entreprises peinent à rentabiliser, surstockage appelant à un ajustement de la production, surendettement des ménages ou des entreprises… aujourd’hui difficiles à illustrer.

C’est donc ailleurs qu’il faut chercher les sources de correction. Celles-ci se situent principalement sur trois fronts : l’immobilier aujourd’hui très mal en point, la politique budgétaire, en partie soumise au résultat de l’élection présidentielle, et les bourses. De tous ces éléments, le dernier est certainement le plus menaçant, susceptible tout à la fois de grandement fragiliser la situation financière des ménages et celle, plus encore, des entreprises. C’est ce risque que tentera, selon toute vraisemblance, de prévenir la Fed, sous couvert de protéger le marché de l’emploi, en dépit des données du mois d’août, qui bien que meilleures que prévu pour ce qui est du secteur privé, ne changent pas fondamentalement la donne pour la Fed.

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Une frilosité, somme toute, compréhensible des banques centrales

Les progrès sont là mais la tâche n’est pas terminée… À quelques heures d’intervalle J. Powell, le président de la Fed, et P. Lane, l’économiste en chef de la BCE, ont tenu le même langage la semaine dernière. Les résultats en termes de lutte contre l’inflation sont indéniables mais encore insuffisamment convaincants. Les observateurs en ont déduit que si le temps des baisses de taux était venu, celles-ci seraient, au moins dans un premier temps, graduelles et peut-être moindres que généralement attendu. Alors que les bonnes nouvelles sur le front de l’inflation se sont succédé de part et d’autre de l’Atlantique depuis le printemps et que les effets du resserrement monétaire sont, souvent, de plus en plus palpables sur l’activité, comment comprendre cette retenue : prudence excessive susceptible d’avoir des conséquences néfastes pour la conjoncture ou approche appropriée ? L’analyse qui suit conclut à des situations assez significativement différentes entre les États-Unis et la zone euro mais trouve aussi des raisons en dehors de la sphère économique à ce qui, de prime abord, pourrait sembler s’apparenter à de la frilosité.

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Les grands doutes de la rentrée

La saison estivale n’a pas été de tout repos sur les marchés et les turbulences de la fin juillet ont laissé des stigmates qui marqueront vraisemblablement les semaines de rentrée. Si les perspectives de baisse de taux se sont intensifiées depuis le début de l’été, leur capacité à prendre le pas sur les menaces en provenance de la conjoncture américaine interroge. Bien que l’issue d’une récession ne s’impose pas au diagnostic, les craquements immobiliers et le ralentissement des créations d’emplois préoccupent, quand le tassement de l’inflation ajoute aux risques sur les perspectives de résultats des entreprises. Jusqu’où la FED ajustera-t-elle sa politique dans un tel contexte est incertain. Si le ton devrait être donné pour un premier pas d’un demi-point dès septembre à l’occasion du symposium de Jackson Hole cette fin de semaine, ses marges de manœuvres seront-elles aussi importantes que les marchés l’escomptent en l’absence de récession ?

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Les marchés financiers zieutent déjà la rentrée et, plus loin… 2025

La saison estivale à peine entamée, les marchés ont déjà fait le saut vers les préoccupations d’une rentrée 2024 hautement chargée, à laquelle prépare une actualité, politique surtout, particulièrement dense. Depuis 2016, année du référendum britannique pour le Brexit et de la première élection de D. Trump, le politique n’a cessé de prendre plus de place dans l’actualité et tout semble nous dire, aujourd’hui, qu’il ne s’agit que d’un début, que 2025 pourrait, bel et bien, couronner. C’est vraisemblablement sur ces questions que l’attention tournera sur les marchés dès, voire avant, la rentrée.

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Les banques centrales retrouvent des marges de manœuvre, mais jusqu’où ?

Bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis le 13 décembre 2023, lorsque la Fed conclut que le temps d’une possible baisse de ses taux directeurs approchait et que ses membres introduisirent deux ajustements supplémentaires des Fed Funds à leur projection pour cette année, portant à 75 points de base leur prévision médiane de repli des taux. Prise en défaut dès les premiers mois de 2024 par une inflation et une économie, toutes deux, plus résistantes que prévu, il fallut attendre le mois de juin pour qu’elle revoie son diagnostic et ne conserve plus qu’un assouplissement d’un quart de point de ses taux directeurs d’ici décembre.
Mal lui en a pris, dès le surlendemain de cette annonce, la Fed fut une nouvelle fois prise à contrepied par le rapport sur l’emploi du mois de mai nettement moins favorable que ne le suggérait sa lecture de la conjoncture américaine. Le mouvement n’a quasiment pas cessé depuis avec une série d’informations toutes plus contrariantes les unes que les autres, au point que son message de début juin resta lettre morte sur les anticipations de marché. Non seulement en effet, l’économie américaine a multiplié les signes de fragilité mais l’inflation a poursuivi sa normalisation à un rythme cadencé jusqu’au rapport du mois de juin publié cette semaine, duquel on peine à tirer de quelconques signes persistants d’inflation.
Dont acte, la probabilité d’une baisse des taux directeurs en septembre, déjà aux environs de 70 % la semaine dernière, s’est envolée à 85 % à la lecture de ces données et celle, non plus de trois baisses des taux, mais de cinq d’ici fin avril 2025, est remontée illico à 35 %. Les marchés sont assez coutumiers de ce type d’embardées et il n’y a en ce constat rien que de très classique que l’on serait avisé de prendre avec distance. Ce serait, toutefois, passer à côté de l’opacité qui entoure aujourd’hui les perspectives monétaires, dans un contexte économique particulièrement instable, compliqué par un panorama politique et géopolitique hautement incertain, qui ont tous à voir, de près ou de loin, avec ce que l’on peut attendre des tendances inflationnistes de moyen terme.
L’approche d’un premier pivot de la Fed n’a pas fini de créer des dents de scies sur les perspectives de taux d’intérêt et de taux de changes du monde entier. Où faudra-t-il regarder pour s’y préparer ?

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Keir Starmer, les mains vides, saura-t-il satisfaire les Britanniques très longtemps ?

Les résultats des élections législatives anticipées britanniques de ce 4 juillet, décidées par Rishi Sunak, résonnent comme une nouvelle démonstration de la volonté de changement exprimée par les électeurs occidentaux ces dernières années. Qu’elle soit britannique, française ou celle de nombreux autres Européens, l’aigreur des populations, Brexit ou non, partout, s’exprime dans les urnes et balaye les équilibres politiques en place, pour le meilleur ou pour le pire, comme une preuve incontestable que les leçons du référendum de 2016 n’ont été tirées, ni outre-Manche, ni ailleurs en Europe. Les Britanniques ont infligé une gifle historique aux Conservateurs au pouvoir depuis 14 ans, au grand bénéfice des Travaillistes incarnés par Keir Starmer, qui devrait donc devenir le nouveau premier ministre du Royaume-Uni, le cinquième depuis le départ de David Cameron en 2016.
Figure modérée d’un Labour bien moins radical que lorsqu’il était aux mains de Jeremy Corbyn, candidat indépendant réélu député, K. Starmer accède au pouvoir les mains à peu près vides, d’un programme dans lequel tout semble, encore, à définir. Signe de capitulation après des déboires et déceptions politiques en cascade depuis le référendum de 2016, aucun des sujets qui ont fracturé le pays ces quinze dernières années ne fait partie des exigences des électeurs ni des promesses du parti. Au contraire de ce qui se passe en France, le choc politique britannique n’est pas synonyme de rupture économique ni fiscale et se présente, plutôt, sous le signe de l’accalmie. Les marchés devraient pouvoir s’en satisfaire. En sera-t-il de même pour les Britanniques ? C’est nettement plus incertain à en juger par les fondements du mal être exprimé dans les urnes et par la percée de l’extrême droite, incarnée par le parti Change UK (N. Farage) au Parlement. Difficile dès lors d’envisager que la formation issue de ces élections puisse tenir cinq années.

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L’obscur paravent des scenarios de marché d’après le 7 juillet

Même pas mal ? C’est la conclusion à laquelle la plupart des économistes devraient parvenir quand il s’agit d’évaluer l’impact d’une éventuelle victoire du RN sur les marchés financiers. Son programme, édulcoré, n’a plus grand-chose pour déplaire aux investisseurs, en effet. Une bonne stratégie politique voudrait, par ailleurs, que ses défenseurs se gardent bien d’aller titiller les marchés durant cette période-test, au cours de laquelle le premier souci devrait être d’asseoir leur crédibilité en matière de gouvernance… dans la perspective de 2027. Si, comme nous le pensons, la Fed finit par baisser ses taux directeurs sans tarder, il se pourrait, même, que les taux de la dette française refluent d’ici la fin de l’année !
Pourtant, même dans ce schéma-là, les risques assortis aux résultats des élections législatives françaises sont considérables. En premier lieu parce que, dans le meilleur des cas ressortirait la pire des hypothèses, celle que s’installe durablement en France un gouvernement d’extrême droite, ouvrant de facto la porte à une multitude d’inconnues à plus ou moins long terme.
Inconnues sociales d’abord, avec un programme résolument discriminant dont souffriront, en premier lieu, ceux qui l’auront porté au pouvoir et les risques d’instabilité assortis, susceptibles de déboucher sur des situations de crises imprévisibles, peut-être inédites. L’inconnue politique, ensuite, qui ne disparaîtra pas de sitôt après les élections. L’extrême droite lâche difficilement le pouvoir quand elle le tient, comme l’a rappelé l’épisode du Capitole aux États-Unis. Inconnues européennes et géopolitiques, aussi, avec un quart du Parlement de l’UE entre les mains d’une extrême droite idéologiquement contre l’Europe, sauf quand elle sert ses ambitions politiques, en même temps que profondément divisée sur le front géopolitique, commercial et même sur celui de l’immigration. Inconnues économiques, enfin, d’une formation bien partie pour accroître plus encore les inégalités et le déclin de la France qui l’auront portée au pouvoir, ou, ce qui revient au même, pour empêcher l’avancée des chantiers d’avenir, avec le risque, qui plus est, de donner plus d’écho, encore, à la politique démago-capitaliste d’un D. Trump en lice pour un retour au pouvoir en janvier prochain aux États-Unis.
A trop se focaliser sur les scénarios de marché, le risque est grand de passer à côté de l’essentiel.

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Les yeux plus grands que le ventre de l’Union européenne

Ces dernières années, l’Union européenne a fini par convaincre jusqu’à ses plus grands détracteurs historiques de l’intérêt de s’allier pour garantir sa souveraineté et son influence, face à un monde de moins en moins amical, constitué de géants émergés des quatre décennies écoulées. Si s’assembler peut rassurer et, s’élargir, paraître le meilleur garant de l’invincibilité, vivre à 27, peut-être 32 d’ici peu, voire 37 (?) est une gageure, devenue plus politique qu’économique ces derniers temps. Est-ce la bonne voie ? L’avenir le dira mais l’on peut déjà avancer qu’il faudra que les mécanismes européens évoluent en profondeur pour échapper au fiasco que préfigure cette perspective dans l’état actuel du fonctionnement et de la gouvernance de l’UE.
A 27, l’Europe est déjà une épreuve de force dont on constate de jour en jour les limites, aux conséquences politiques révélées avec brutalité par les dernières élections, malgré la reconduction de la coalition en présence au Parlement européen. Les explications le plus souvent avancées à cette crise sont multiples : rigidités, pertes de repères et d’indépendance politique, sous-performance économique. Plus fondamentalement, se pose la question de ce que détruit l’Europe pour se construire, de la répartition des fruits de la croissance et du chemin choisi pour la prospérité promise.
Si le projet européen d’offrir aux pays les plus démunis les moyens d’un développement économique accéléré par leur adhésion à l’UE, a pour lui d’être, à la fois, unique au monde et incontestablement louable par sa générosité et ses résultats déjà engrangés, l’Europe a cependant échoué à trouver les moyens de rendre cette ambition soutenable. Déshabiller Paul pour habiller Pierre n’est pas le meilleur moyen pour faciliter la cohésion ni le bien-être collectif, en effet. C’est, pourtant à bien des égards, ce à quoi ressemble le projet européen aujourd’hui. Dès lors, si l’on ne peut que se réjouir de voir de nouveaux membres profiter du vent de poupe que leur offre leur entrée dans l’UE, on ne peut que s’inquiéter de constater les transferts de richesse qui accompagnent ce mouvement et alimentent, à juste titre, les craintes de déclassement, tout particulièrement chez ses pères fondateurs.
Alors que l’exigence d’élévation des niveaux de vie des pays les plus développés est, d’un point de vue fondamental, discutable, elle est un préalable incontournable à une adhésion pleine et entière des populations au projet européen et à sa survie sur le moyen-long terme. L’Europe a pris la voie inverse depuis 2004 et en récolte les épines qui ne sont, sans doute, que les prémices de plus grandes difficultés politiques. Il est grand temps que les politiques nationales et pan-européennes redressent le tir. C’est là sans doute l’un des premiers enjeux du quinquennat qui s’ouvre.

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