L’obscur paravent des scenarios de marché d’après le 7 juillet

Même pas mal ? C’est la conclusion à laquelle la plupart des économistes devraient parvenir quand il s’agit d’évaluer l’impact d’une éventuelle victoire du RN sur les marchés financiers. Son programme, édulcoré, n’a plus grand-chose pour déplaire aux investisseurs, en effet. Une bonne stratégie politique voudrait, par ailleurs, que ses défenseurs se gardent bien d’aller titiller les marchés durant cette période-test, au cours de laquelle le premier souci devrait être d’asseoir leur crédibilité en matière de gouvernance… dans la perspective de 2027. Si, comme nous le pensons, la Fed finit par baisser ses taux directeurs sans tarder, il se pourrait, même, que les taux de la dette française refluent d’ici la fin de l’année !
Pourtant, même dans ce schéma-là, les risques assortis aux résultats des élections législatives françaises sont considérables. En premier lieu parce que, dans le meilleur des cas ressortirait la pire des hypothèses, celle que s’installe durablement en France un gouvernement d’extrême droite, ouvrant de facto la porte à une multitude d’inconnues à plus ou moins long terme.
Inconnues sociales d’abord, avec un programme résolument discriminant dont souffriront, en premier lieu, ceux qui l’auront porté au pouvoir et les risques d’instabilité assortis, susceptibles de déboucher sur des situations de crises imprévisibles, peut-être inédites. L’inconnue politique, ensuite, qui ne disparaîtra pas de sitôt après les élections. L’extrême droite lâche difficilement le pouvoir quand elle le tient, comme l’a rappelé l’épisode du Capitole aux États-Unis. Inconnues européennes et géopolitiques, aussi, avec un quart du Parlement de l’UE entre les mains d’une extrême droite idéologiquement contre l’Europe, sauf quand elle sert ses ambitions politiques, en même temps que profondément divisée sur le front géopolitique, commercial et même sur celui de l’immigration. Inconnues économiques, enfin, d’une formation bien partie pour accroître plus encore les inégalités et le déclin de la France qui l’auront portée au pouvoir, ou, ce qui revient au même, pour empêcher l’avancée des chantiers d’avenir, avec le risque, qui plus est, de donner plus d’écho, encore, à la politique démago-capitaliste d’un D. Trump en lice pour un retour au pouvoir en janvier prochain aux États-Unis.
A trop se focaliser sur les scénarios de marché, le risque est grand de passer à côté de l’essentiel.

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Les yeux plus grands que le ventre de l’Union européenne

Ces dernières années, l’Union européenne a fini par convaincre jusqu’à ses plus grands détracteurs historiques de l’intérêt de s’allier pour garantir sa souveraineté et son influence, face à un monde de moins en moins amical, constitué de géants émergés des quatre décennies écoulées. Si s’assembler peut rassurer et, s’élargir, paraître le meilleur garant de l’invincibilité, vivre à 27, peut-être 32 d’ici peu, voire 37 (?) est une gageure, devenue plus politique qu’économique ces derniers temps. Est-ce la bonne voie ? L’avenir le dira mais l’on peut déjà avancer qu’il faudra que les mécanismes européens évoluent en profondeur pour échapper au fiasco que préfigure cette perspective dans l’état actuel du fonctionnement et de la gouvernance de l’UE.
A 27, l’Europe est déjà une épreuve de force dont on constate de jour en jour les limites, aux conséquences politiques révélées avec brutalité par les dernières élections, malgré la reconduction de la coalition en présence au Parlement européen. Les explications le plus souvent avancées à cette crise sont multiples : rigidités, pertes de repères et d’indépendance politique, sous-performance économique. Plus fondamentalement, se pose la question de ce que détruit l’Europe pour se construire, de la répartition des fruits de la croissance et du chemin choisi pour la prospérité promise.
Si le projet européen d’offrir aux pays les plus démunis les moyens d’un développement économique accéléré par leur adhésion à l’UE, a pour lui d’être, à la fois, unique au monde et incontestablement louable par sa générosité et ses résultats déjà engrangés, l’Europe a cependant échoué à trouver les moyens de rendre cette ambition soutenable. Déshabiller Paul pour habiller Pierre n’est pas le meilleur moyen pour faciliter la cohésion ni le bien-être collectif, en effet. C’est, pourtant à bien des égards, ce à quoi ressemble le projet européen aujourd’hui. Dès lors, si l’on ne peut que se réjouir de voir de nouveaux membres profiter du vent de poupe que leur offre leur entrée dans l’UE, on ne peut que s’inquiéter de constater les transferts de richesse qui accompagnent ce mouvement et alimentent, à juste titre, les craintes de déclassement, tout particulièrement chez ses pères fondateurs.
Alors que l’exigence d’élévation des niveaux de vie des pays les plus développés est, d’un point de vue fondamental, discutable, elle est un préalable incontournable à une adhésion pleine et entière des populations au projet européen et à sa survie sur le moyen-long terme. L’Europe a pris la voie inverse depuis 2004 et en récolte les épines qui ne sont, sans doute, que les prémices de plus grandes difficultés politiques. Il est grand temps que les politiques nationales et pan-européennes redressent le tir. C’est là sans doute l’un des premiers enjeux du quinquennat qui s’ouvre.

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Les enjeux de l’épargne des ménages : d’où vient-elle, où va-t-elle, qu’en faire ?

Partout dans le monde, les phases successives de confinement liées à la crise sanitaire ont engendré un surcroît d’épargne forcée. Le choc de la crise sanitaire passé, a néanmoins révélé des comportements très épars selon les pays. Aux États-Unis, le taux d’épargne des ménages a considérablement baissé aux lendemains de l’épidémie, pour s’établir, dès 2022, à un niveau largement inférieur à ce qu’il était avant la crise sanitaire. Tel a également été le cas en Italie, dans un contexte économique, pourtant, éminemment différent. Dans la plupart des cas, cependant, la normalisation des comportements s’est interrompue en chemin, empêchant les taux d’épargne de revenir aux niveaux qui prévalaient avant 2020 : en moyenne dans les pays occidentaux de l’OCDE, il s’agit de 1,5 % à 2 % additionnels des revenus ainsi « mis de côté », l’équivalent de 800 à 1000 mds de dollars par an.
Les explications de ce mouvement sont assez incertaines. Si les politiques de sortie de crise portent une part de responsabilité dans ces évolutions, elles ne sont à l’évidence pas les seules. En Europe, la guerre en Ukraine a, forcément, participé à cette plus grande précaution des ménages, tendance sans aucun doute, renforcée par les difficultés économiques récurrentes de la région, la crise immobilière et, potentiellement, aujourd’hui, par la crise politique que traversent nombre de pays de l’UE.
Jusqu’à présent, absente du débat, l’épargne redevient un sujet. Objet de sécurité des particuliers, son coût pour la croissance est de plus en plus souvent pointé du doigt, quand, par ailleurs, elle devient un facteur de plus en plus flagrant de creusement des inégalités entre les générations et catégories socio-professionnelles. A l’heure où les besoins de financement sont, partout, de plus en plus pressants, son abondance attire les convoitises que les bouleversements politiques en cours pourraient venir concrétiser par des dispositifs à son encontre ou par une plus grande captation par les États, à l’instar de l’expérience récente en Belgique qui, peut-être, figurera dans quelques années comme la première initiative à l’origine d’un mouvement beaucoup plus répandu de financement direct des besoins du secteur public par les épargnants…

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NFP : danger ! Ou le piège des politiques trop « data dependent »

C’est le propre des politiques monétaires trop « data dependent » de créer un environnement à risque pour des marchés financiers accrocs aux perspectives de baisses des taux directeurs. Malgré un rapport sur l’emploi américain, somme toute, dans la lignée de ce qui se passe depuis près d’un an, en mai, ses détails ne vont clairement pas dans le sens espéré d’un possible assouplissement imminent de la posture de la Fed. Non seulement, en effet, les créations de postes ressortent bien au-dessus des attentes, à 272K après 165 K révisés en avril, mais la hausse mensuelle du salaire moyen remonte à 0,4 % au lieu de 0,3 %, à 4,1 % sur douze mois, après 4 % en avril, quand le taux de participation reflue de deux dixièmes, signe d’une potentielle raréfaction plus marquée de la ressource en emploi. Ainsi, même la remontée du taux de chômage d’un dixième, à 4 %, n’atténue pas la déception des marchés qu’illustre la brutale remontée des taux d’intérêt aux Etats-Unis (de 13 à 15 pb pour les T-Notes à 2 et 10 ans) et, au-delà, des européens, de 7 à 13 pb respectivement en Allemagne et au Royaume-Uni, avec un taux 10 ans de l’OAT au-delà de 3,10 %. A y regarder de plus près, pourtant, ce rapport sur l’emploi offre bien peu de singularité, à part des distorsions sectorielles toujours importantes, que la Fed n’a cependant guère les moyens de prendre en considération.

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Un petit pas de côté de la BCE par rapport à la FED, guère plus

La BCE, cela ne fait presque plus de doute, procèdera jeudi prochain à une première baisse de ses taux directeurs d’un quart de point. Le taux repo devrait, ainsi, être ramené à 4,25 %, après avoir été porté à 4,50 % en septembre 2023, au terme de dix hausses successives en quelques quatorze mois. Attendu de longue date, ce premier geste mettra un terme à l’épisode de resserrement monétaire le plus important depuis la création de l’euro et marquera, dans le même temps, une des rares initiatives d’assouplissement « autonome » de la BCE par rapport à la Fed, à l’exception de celle de mars 2016, dans un tout autre contexte de lutte contre la déflation. Bienvenu, cet affranchissement de la Fed grandit l’institution européenne et, contrairement à ce que bon nombre envisageaient, il n’affaiblit pas la devise européenne mais presque le contraire. Pourra-t-il néanmoins aller bien loin ? C’est peu probable, pour une multitude de raisons, tant domestiques que globales qui n’incitent guère à envisager que la BCE sera en mesure de faire longtemps cavalier seul.
Sauf le pas de côté de jeudi, qui serait peut-être déjà remis en question si elle ne l’avait pas, déjà, quasiment annoncé, l’action de la BCE a toutes les chances, en effet, de revenir sans tarder sous la coupe de la Fed. C’est donc, de ce côté-là qu’il faudra de nouveau regarder pour jauger des initiatives à venir de la banque centrale européenne après le 6 juin.

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Après le 9 juin, l’intégration plus poussée de l’UE vraisemblablement terminée

La législature 2019/2024 du parlement européen a été marquée par des progrès sans précédent en termes d’intégration. Plus solidaire, plus fédérale et par là-même plus utile aux populations, l’Europe n’a jamais gagné autant en popularité qu’entre 2020 et 2022, quand une succession de crises inédites lui ont donné l’occasion d’être tout à la fois actrice, protectrice et ambitieuse.
L’Union européenne achève, pourtant, ce quinquennat dans des conditions de défiance et de désarroi extrêmes. Aux grandes initiatives des grandes crises ont succédé des déboires qu’elle n’avait jamais connus, suivis d’un désenchantement d’autant plus grand que le projet européen commençait à susciter une plus large adhésion. Incapable de trouver ses marques et de s’adapter au nouvel ordre mondial que cache un désordre aux antipodes de l’idéologie sur laquelle elle a cru pouvoir bâtir son avenir, l’UE n’est jamais apparue aussi défaillante qu’aujourd’hui. A deux doigts d’être lâchée par son allié historique américain, menacée d’être engloutie par ses concurrents chinois et de devoir affronter son voisin russe, l’Europe semble tétanisée. Incapable de poursuivre sur les voies que ses initiatives prometteuses semblaient avoir ouvertes, elle court après les lièvres d’un monde qui la dépasse, face auquel, bien qu’encorseté dans une législation de plus en plus réductrice d’autonomie, chacun tente son vatout, au grand dam de l’ambition commune.
Du scrutin du 9 juin ressortira sans doute une Europe plus divisée que jamais, plus prompte à défaire les quelques avancées de ces dernières années qu’à consolider les débuts d’une plus grande intégration solidaire. C’est la perspective d’une Europe hors-jeu, face à l’adversité déployée par ses rivaux, laquelle paraît, dorénavant, le seul maillon auquel se rattachent les pays membres pour ne pas abandonner le paquebot en perdition. D’où pourrait venir le sursaut ?

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Bourses européennes : les raisons de la confiance et les éléments de surveillance

Fin mars, la mise à jour de notre scénario macroéconomique et financier trimestriel conduisait à des conclusions optimistes sur les bourses européennes, tout du moins à brève échéance. Mal nous en a pris : après cinq mois de hausse, l’indice Eurostoxx 50 a perdu 2,5 % en avril ! Quand bien même, chat échaudé craint l’eau froide, bon nombre de raisons plaident toujours en faveur des indices européens.
La perspective renforcée d’une baisse imminente des taux de la BCE n’est naturellement pas étrangère à ce diagnostic. Ce n’est toutefois pas le seul argument : évacuation des risques majeurs sur les perspectives conjoncturelles régionales, accumulation d’épargne, effets richesse, moindre mobilité des capitaux, voire crise immobilière, sont autant de soutiens potentiels à une hausse persistante des marchés de la zone euro, dans un contexte de désinflation confirmée. Sauf la retenue qu’imposent les valorisations américaines et la dégradation de la conjoncture aux États-Unis, sans doute, la confiance serait-elle d’ores et déjà plus palpable sur les indices. Alors ?

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L’aubaine pétrolière, le meilleur cap à la hausse des taux… avec l’emploi américain, bien sûr !

La perspective d’une baisse trop précoce des taux directeurs américains nous faisait redouter il y a peu une embardée des prix du pétrole et des matières premières à même de ranimer sans délai les tensions inflationnistes. La volte-face finalement imposée à J. Powell, contraint d’admettre le caractère inapproprié d’éventuelles baisses des taux directeurs en l’absence de meilleures garanties sur la trajectoire de l’inflation future, n’a pas tardé à faire son travail et à interrompre le mouvement de hausses des cours qui s’était enclenché entre février et mars sur la plupart des segments du marché mondial des matières premières.
C’est néanmoins du côté pétrolier que les ajustements ont été les plus importants avec un reflux des cours mondiaux de 8 % à 9 % en à peine un mois, à l’origine d’un retour de ceux du Brent de Mer du Nord aux environs de 83$-84$ début mai. Il s’agit d’une bonne chose, en l’occurrence l’une des meilleures nouvelles pour rassurer les marchés et banquiers centraux sur les tendances de l’inflation, susceptible d’imposer, par là-même, une limite à la hausse des taux futurs qui commençait à sérieusement questionner.
Bien qu’en apparence dangereusement simpliste, la relation entre l’évolution des cours du brut et celle des taux d’intérêt américains n’en reste pas moins très solide. Dès lors, de deux choses l’une :
– soit les cours du pétrole retrouvent sans tarder leurs niveaux, voire leur tendance ascendante du mois de mars, et les taux d’intérêt américains resteront tendus, voire monteront davantage ;
– soit les prix du baril s’installent durablement sur leurs niveaux présents, voire inférieurs, et le point haut des taux pourra, dans ce cas, être considéré comme dépassé.

Dans un contexte aussi incertain que l’actuel sur l’évolution à venir des taux d’intérêt, le défrichage de ce qui se passe sur le marché du pétrole semble, quoi qu’il en soit, incontournable.

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