C. Lagarde gagne du temps mais les messages subliminaux sont au RDV

La communication de la BCE inquiétait depuis les commentaires de son chef économiste il y a quelques jours. Irait-elle trop vite en besogne au risque d’accentuer la pression sur des marchés déjà bien malmenés ? Tel n’a pas été le cas. Visiblement Mme Lagarde a exigé un travail approfondi sur les conséquences du conflit et des chiffrages précis dans plusieurs cas de figure. Son scénario central prend en compte la situation arrêtée au 11 mars et se solde par une révision à la hausse de sept dixièmes des perspectives d’inflation 2026, de 1,9 % envisagé en décembre, à 2,6 %. Les perspectives de croissance du PIB seraient amputées de 0,3 point, à 0,9 % au lieu de 1,2 %. A un ou deux dixièmes près l’impact du choc du conflit serait résorbé en 2027, quand bien même le maintien d’une inflation à 2,1 % en 2028 suggère la prise en considération d’un élément d’incertitude sur l’évolution du contexte de prix.
A cette projection centrale, la BCE a ajouté deux scénarios de risques, assis sur l’hypothèse de chocs plus marqués des cours du pétrole, dans un cas avec un retour rapide à leur niveau d’avant crise, dans le second avec un retour plus progressif. Le premier imposerait une hausse significative de l’inflation, à 3,5 % cette année, mais une baisse à un niveau très inférieur à son objectif en 2028, 1,6 %. Le second alimenter une inflation plus forte et durable, de 4,4 % cette année et de 4,8 % l’an prochain. Il suppose des effets de second tour importants qui fermeraient la porte à un retour de l’inflation vers l’objectif officiel à horizon 2028.

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11 contre 1 : les rangs se resserrent à la Fed, autour d’une confiance renforcée…

Onze des douze membres que comptent le Board de la Fed ont soutenu la décision de laisser les taux des Fed Funds inchangés ce mois-ci. Rien de bien surprenant dans l’environnement actuel et après la publication des PPI du mois de février plus tôt dans la journée mais un message potentiellement important pour la suite, celle que prendra en l’occurrence K. Warsh, normalement, dans quelques semaines.
Le communiqué du FOMC n’est pas, non plus, des plus surprenants. Dans un contexte international des plus incertains, aux conséquences inconnues à ce stade pour l’économie américaine, la Fed s’abstient de prendre position, quand bien même rien n’indique dans ses commentaires succincts une quelconque ouverture à de possibles baisses de ses taux. Les projections de croissance et d’inflation ont été revues en légère hausse pour cette année et l’an prochain, ce qui ne plaide pas, a priori, en faveur de plus grandes chances d’un assouplissement qu’en décembre (un quart de point cette année). Les membres du FOMC ont revu à la hausse leurs prévisions de taux de chômage mais dans des proportions insuffisantes pour invalider ce point. Signe des difficultés à anticiper les répercussions du conflit en présence sur l’inflation, la fourchette des prévisions sur cette dernière s’est notablement écartée par rapport au mois de décembre. L’inflation 2026 est estimée entre 2,3 % et 3,3 % ce mois-ci, contre des projections comprises entre 2,2 % et 2,7 % lors du précédent exercice. Idem s’agissant de l’inflation core, envisagée entre 2,2 % et 3 % cette année, au lieu de 2,2 %-2,7 % en décembre. On notera en revanche que tel n’et pas le cas pour ce qui concerne les prévisions de PIB, pour lesquelles la fourchette des prévisions 2027 s’est, même, légèrement rétrécie à la faveur d’une projection plus élevée (de 2 %-2,7 % contre 1,8 %-2,6 %), comme pour 2026. Les membres de la Fed témoignent, donc, plutôt d’une confiance renforcée sur l’avenir économique des Etats-Unis.

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Inflation américaine : jusqu’à présent pas de question. La suite est plus problématique.

L’inflation américaine du mois de février est, dans l’ensemble, satisfaisante ; inchangée conformément aux attentes, tant sur sa partie sous-jacente que totale, à respectivement 2,5 % et 2,4 % l’an. Il s’agit vraisemblablement du dernier chiffre de cette nature d’ici plusieurs mois, à en juger par l’impact de la guerre en Iran sur les prix énergétiques, dans un premier temps, puis par leurs effets induits sur les composantes sous-jacentes dans un second temps. Difficile de dire, à ce stade, à quoi s’attendre dans le contexte actuel de grande incertitude sur les développements à venir du conflit en présence et, par voie de conséquence, sur les cours du brut. On peut cependant rappeler la sensibilité de la contribution des prix de l’énergie à l’évolution de ces derniers. Celle-ci est, en effet, particulièrement stable et donc relativement fiable, uniquement déroutée lors de conditions exceptionnelles -post crise énergétique des débuts de la guerre en Ukraine notamment. Aux cours moyens actuels du pétrole du mois de mars, cette relation suggère une hausse de la contribution du poste énergie de zéro en février à 0,76 % en mars. Toutes choses égales par ailleurs, l’inflation annuelle pourrait donc remonter d’autant ce mois-ci, dans la région de 3 %-3,1 %.

L’économie américaine reprend des couleurs, l’inflation pourrait suivre sans tarder

Les nouvelles en provenance des Etats-Unis sont de bon augure pour la conjoncture américaine. Les données de l’emploi privé de février sont incontestablement d’un meilleur cru que ces derniers mois, avec 63 K créations de postes, au lieu de 11 K en janvier, ce qui correspond à un rythme dix fois plus élevé que la moyenne des six derniers mois. La grosse masse de ces créations vient, en outre, des entreprises de très petite taille, moins de 20 salariés, jusqu’à présent grandes absentes du marché de l’emploi.

Du côté de l’activité, le rebond de l’ISM non manufacturier a constitué une réelle surprise, avec un bond de 53,8 à 56,1 entre janvier et février, à son plus haut niveau depuis juillet 2022 en même temps que très largement supérieur aux attentes timorées du consensus. Cerise sur le gâteau, l’indicateur des prix payés a reflué de plus de trois points. A 66 points, ce dernier reste toutefois particulièrement élevé, susceptible de retrouver rapidement des niveaux critiques en cas de tensions renouvelées, par exemple, des prix de l’énergie…

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Le dollar contre l’or, vraiment?

La tournure de la situation en Iran et dans les pays du Golfe persique a eu pour conséquence de sortir le dollar de sa tendance baissière de ces dernières semaines et de propulser l’indice ICE sur des niveaux qu’il n’avait plus revu depuis la mi-janvier. Signe que le billet vert peut encore jouer le rôle de valeur refuge, dès lors que réapparaissent des menaces d’ampleur internationales, la devise américaine a aussi profité de l’envolée des cours du pétrole dont les Etats-Unis sont exportateurs nets, contrairement à de nombreux pays développés et émergents, et de la remontée des taux d’intérêt américains consécutive au report dans le temps des anticipations de baisses des taux directeurs de la Fed.

Quoi qu’il en soit, la réappréciation du billet vert est un puissant « game changer » qui a déjà eu des effets notables sur les marchés mondiaux ces dernières vingt-quatre heures.Une poursuite de ce mouvement aurait des répercussions massives sur les anticipations macroéconomiques et financières mondiales. Tel n’est pas aujourd’hui, cependant, le scénario le plus probable.

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Le juste prix du rattrapage du CAC 40 dépasserait allègrement les 9000 points

2025, année de surperformance quasi-inédite des valeurs européennes par rapport aux américaines, s’est aussi caractérisée par une dispersion hors norme des plus grands indices de la zone euro, de deux à trois fois supérieure à celle observée en moyenne au cours du quart de siècle écoulé.

La surperformance exceptionnelle de l’indice espagnol comparée aux indices français et néerlandais explique en grande partie ce résultat. En 2025, l’IBEX s’est adjugé une envolée de 49 %, deuxième plus forte hausse après le Kospi sud-coréen des principaux indices mondiaux. Le MIB italien a, quant à lui, terminé l’année dernière sur une progression de 32 %, très loin devant les 8 % et 10 % de hausses respectives de l’AEX néerlandais et du CAC 40, voire des 20 % du Dax. La structure très concentrée de l’AEX sur des segments peu porteurs l’an dernier et la crise politique française expliquent dans une très large mesure ces écarts avec les pays du sud de l’Europe portés par l’écrasement des spreads de taux d’intérêt avec l’Allemagne et, dans le cas espagnol, des résultats économiques très supérieurs au reste de l’UEM.

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Victoire à la Pyrrhus de la décision de la Cour suprême américaine

Le dicton dit : un tiens vaut mieux que deux tu l’auras…. Attendu depuis plusieurs semaines, le verdict de la Cour suprême américaine sur la légalité des droits de douanes réciproques instaurés depuis le mois d’avril 2025 par D. Trump est tombé : ces taxes sont pour la plupart illégales. La décision constitue un revers d’autant plus cinglant pour D. Trump que les juges de la Cour sont en majorité républicains.
Annoncée avant la fermeture des marchés européens, la nouvelle a été largement saluée par les investisseurs, provoquant des rebonds d’ampleur des valeurs les plus sensibles au marché américain, au bénéfice, notamment, d’une hausse de 1,4 % du CAC 40, valeurs du luxe en tête.
Il a néanmoins fallu peu de temps avant que le président américain réplique à cette décision par l’usage d’une procédure d’urgence (article 122 du code commercial) lui permettant d’augmenter les droits de douanes pour une période limitée à 150 jours dans la limite de 15 % en cas de grave déséquilibre de la balance des paiements. D’abord portés à 10 % vendredi soir, un nouveau décret les élevait à 15 % samedi. A l’euphorie initiale succède depuis samedi une nouvelle vague d’extrêmes incertitudes. Qu’attendre maintenant de l’administration ? Que deviennent les accords précédemment conclus ou en voie de l’être ? Quelle valeur politique donner au barrage d’une Cour qui semblait être acquise à l’administration ? Enfin, quelles conséquences économiques de ce nouveau choc en perspective ?

Les réponses ne sont pas connues. Mais une chose semble sûre : les incertitudes commerciales, progressivement passées au second plan des préoccupations ces derniers mois, reviennent avec fracas sur le devant de la scène internationale. Les marchés des précieux l’ont compris plus vite que les bourses, l’or et l’argent profitant de la nouvelle pour conforter leur récupération.
Que dire à ce stade ?

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Chute de croissance, accélération des prix… et autant de doutes sur les données US

Que les données américaines surprennent, est peu dire. Au dernier trimestre 2025, la croissance du PIB n’aurait finalement pas dépassé 1,4 % en rythme annualisé, loin des estimations de la Fed d’Atlanta, qui ont évolué entre 3 % et 5 % au fil des publications économiques. La contraction des dépenses publiques liée au Shutdown expliquerait pour une large part cette déconvenue, en même temps qu’une nouvelle baisse des investissements immobiliers, la quatrième successive, qu’un repli des exportations et des dépenses de consommation ralenties, à 2,4 % r.a., après 3,5 %. Les investissements non-résidentiels réconfortent quelque peu mais leur contribution à la croissance du PIB s’étiole en comparaison de la première moitié de l’année dernière…

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