Emploi américain, bonne surprise vraiment ?

Avec 130 K créations de postes, le rapport officiel sur l’emploi salarié américain du mois de janvier a constitué une réelle bonne surprise, d’autant que ce chiffre intègre 42 K destructions de postes publics (-10 % des effectifs gouvernementaux depuis un an !). Le seul secteur privé aurait donc créé 172 K postes en janvier, soit quasiment huit fois plus que les 22 K recensés par l’ADP. Les écarts entre ces deux estimations sont monnaie courante et les deux statistiques sont fréquemment l’objet de révisions importantes. En l’occurrence, les données passées du BLS, en charge de la publication officielle, ont une nouvelle fois été très significativement revues à la baisse, à raison de 403 K postes pour l’année 2025, soit l’équivalent de 69 % des estimations précédentes. Voilà qui incite à la prudence quant à l’interprétation des premiers résultats, surtout quand ils sont aussi surprenants au regard des autres informations connues : ADP, mais aussi, les perspectives d’emploi des PME ou encore l’opinion des salariés sur les difficultés à trouver un emploi…

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Ventes de détail américaines, primes de termes, dollar et précieux…

Qu’on les observe sous un angle ou sous un autre, composantes cœur ou non, les ventes de détail américaines du mois de décembre ne sont pas bonnes. Sauf les ventes de matériel de construction et de jardin, que les hausses de prix particulièrement fortes dans ce secteur, semblent intégralement justifier, les autres segments commerciaux sont, au mieux, en progression insignifiante et, plus souvent, en baisse notable, y compris pour ce qui concerne les ventes à distance.

Lissée sur trois mois, la tendance est moins négative mais en baisse dans des secteurs-clés de l’automobile et de la santé ou en hausse très faible, souvent inférieure à celle des prix, pour les ventes d’électronique, celles des magasins généraux et de l’ameublement/électro-ménager. Ces dernières accusent une contraction annuelle de 2,6 % à prix courants, ce qui correspond, une fois prise en compte la hausse annuelle des prix de ce segment à une baisse en volume de plus de 5 %. L’effet des droits de douanes et les difficultés du secteur du logement justifient sans doute ces résultats mais l’ensemble dresse un tableau particulièrement morose des dépenses de consommation en fin d’année dernière, en détérioration constante depuis le mois d’août 2025, moment de la généralisation des droits de douanes, quand bien même à des niveaux négociés inférieurs aux menaces initiales.

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En Allemagne, les stigmates d’une reprise privée de ses poids lourds industriels

C’est une des caractéristiques que nous avons soulignée hier, les secteurs traditionnellement moteur de l’industrie allemande ne sont pas les mieux lotis aujourd’hui. C’est, notamment, le cas de l’automobile qui a de nouveau subi un lourd contrecoup en décembre, avec une chute de quasiment 9 % de sa production mensuelle. Avec, toujours, près de 17 % du socle industriel du pays, les difficultés du secteur constituent une chape sur l’ensemble de l’activité manufacturière. En décembre, la production des machines et équipements hors transports, électricité et électronique, là encore, un secteur-clé qui concentre 15 % du total de l’industrie, a également reculé de près de 7 %. Ce sont au total 2,5 points de croissance qui ont été confisqués par ces deux seuls domaines de l’activité en décembre que l’amélioration des résultats observée par ailleurs -autres matériels de transport, électronique et métallurgie, notamment – n’ont pu compenser.

On comprend mieux, la prudence qu’inspirent les bonnes nouvelles que délivrent, par ailleurs, les données allemandes, dont le rebond des commandes, avant tout domestiques, commenté dans notre publication d’hier. Sans ses deux moteurs traditionnels, toute reprise risque fort, en effet, d’être durablement poussive. Cela ne signifie pas que la reprise attendue ne sera pas au rendez-vous mais écarte, à ce stade, toute probabilité de trop bonnes surprises.

Grandeur et démesure des capex – suite

C’était le thème de notre présentation du 11 décembre dernier, au cours de laquelle nous avions tenté de mettre en lumière les effets favorables des perspectives d’investissement sur les prévisions de croissance mondiale et les risques, simultanément assortis, de tensions sur les conditions de financement, les prix des matières premières et l’emploi, liés à un essor par trop rapide des capex dans les nouvelles technologies, IA en tout premier lieu.
Ces questions animent depuis le début de l’année les réflexions des économistes et les tendances de marchés, à juste titre, devenus de plus en plus sensibles à un sujet, bien placé pour dominer les développements économiques et financiers en 2026. Où en sommes-nous ? Que retirer des tendances en cours en matière de perspectives économiques et de stratégie d’investissement ?

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Qu’il le veuille ou non, J. Powell sera dans la cour politique mercredi

Ni changement du niveau des taux des Fed Funds, ni mise à jour des projections ; on serait presque tenté de sauter à pieds joints au-dessus du FOMC de ce mois-ci, tant l’attention est ailleurs, en particulier sur ce qui se déroule sur les marchés des métaux précieux, qui ont volé la vedette à la plupart des autres actifs ces derniers temps. Sauf qu’il s’agit bel et bien des deux faces d’une même médaille, indissociables des développements en cours sur les marchés des changes et de la crise monétaire en couveuse, que la perte d’indépendance de la première banque centrale au monde menace de provoquer.

Alors que les perspectives de baisse des taux pour cette année semblent ne plus tenir qu’à l’éventualité de la nomination d’un président fantoche à la tête de la Fed et que les économistes sont de plus en plus nombreux à envisager, « toutes choses égales par ailleurs », l’amorce d’une remontée des Fed Funds d’ici la fin de l’année, D. Trump, n’accueillera pas avec satisfaction le statu quo monétaire probable du FOMC et encore moins un communiqué, éventuellement, un brin plus réservé sur les perspectives de possibles baisses des Fed Funds cette année. De là à provoquer l’ire dont le président américain a le secret, il n’y a qu’un pas, un de plus dans la fuite en avant éperdue dans laquelle il s’est lancé pour tenter de sauver ce qui semble inexorablement en voie de lui échapper, une possible victoire aux élections de mi-mandat.

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Un pays vieux, comme le Japon, peut-il prétendre à des politiques de relance ?

C’est, entre autres interrogations, la question que posent les développements récents au pays du Soleil Levant, bien avant, d’ailleurs, l’arrivée de Mme Sanae Takaichi à sa tête à l’automne dernier. La crise démographique de ces vingt dernières années a fait sombrer le pays dans un état de déflation chronique et de surendettement vertigineux qui semblaient avoir tracé son sort vers un rétrécissement inéluctable de sa puissance et de son influence économique. La BoJ, acteur essentiel du maintien de l’équilibre financier face à ces difficultés, finirait par ravaler l’énorme stock d’actifs accumulé à son bilan sans que le reste du monde ait à s’en préoccuper, voire, y trouve, à terme, de quoi s’en inspirer, comme ce fut le cas des pratiques quantitatives qu’elle était la première à avoir initiées avant 2008.
Sauf, qu’aucun dirigeant ne peut se résoudre à un tel état de fait, surtout quand le PIB de son pays a occupé jusqu’en 2010 le deuxième rang mondial, derrière les Etats-Unis, avant d’être doublé par la Chine la même année, de se voir rattrapé par l’Allemagne en 2022 et, finalement, par l’Inde en 2024. En 2012, le premier ministre Abe avait déjà tenté d’inverser cette trajectoire toute tracée, sans succès. Perçue comme la dernière chance de redresser la barre, son échec a paralysé l’initiative politique, les Japonais se contentant de ce qu’il leur restait : un PIB par tête encore très honorable, au troisième rang mondial, contrepartie de la perte de cinq millions de ses habitants depuis 2010, lorsque sa population culminait à 128 millions de personnes.
Entretemps, le covid, l’inflation qui s’en est suivie et les développements géopolitiques ont, néanmoins, réveillé la classe politique japonaise, à la faveur d’un redéploiement d’ampleur de la défense nationale et d’un regain d’ambition qu’incarne l’élection de Mme Sanae Takaichi à la tête du pays, laquelle sur le modèle de D. Trump et des recettes de la même veine, promet de redonner au Pays du Soleil Levant son rang passé. La nouvelle première ministre a-t-elle des chances de réussir, à quel coût pour le Japon et le reste du monde ?

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La BoJ, à son rythme

Dans un monde où 24 heures suffisent à faire ou défaire les grands équilibres mondiaux, l’extrême gradualisme de la BoJ ne cesse de surprendre. Après une troisième remontée de ses taux directeurs, à 0,75 %, en décembre, le statu quo n’a surpris personne cette semaine. M. Ueda finira sans doute par évoluer, du moins est-ce le message que renvoie la révision à la hausse des prévisions de croissance et d’inflation sous-jacente mais rien ne se passera de fait avant, au mieux, son prochain meeting, c’est-à-dire avant les élections convoquées par la première ministre, S. Takaichi, pour le 8 février. Les résultats de ce scrutin repousseront-ils une nouvelle fois sa décision ? Le cas de figure n’est pas totalement impossible. En attendant, le yen s’effrite davantage et les taux de financement campent sur leurs records dans un contexte d’extrême nervosité face aux promesses de Mme Sanae Takaichi de renverser la table avec une politique expansionniste au coût exorbitant pour les finances publiques. Les chefs d’entreprises trouvent leur compte dans ces développements, à en juger par l’envolée des PMI, manufacturier avant tout, en progression de 2,8 points entre novembre et janvier, à 51,5 ce mois-ci, de quoi permettre au Nikkei de se maintenir à deux doigts de ses records de la semaine dernière malgré la dissolution du Parlement depuis ce matin, en vue de la préparation, au pas de course, des élections du 8 février. Entre Ueda et Takaichi, c’est un peu le lièvre et la tortue…

La croissance américaine, de record en record, continue, malgré tout, de questionner

Les données actualisées du PIB du troisième trimestre ont subi une révision à la hausse d’un dixième, à 4,4 % en rythme annualisé, après 3,8 % au deuxième trimestre. Les résultats de l’économie américaine sont donc, au moins en apparence, de très bonne facture, avec, qui plus est, une estimation par la Fed d’Atlanta de quasiment 5,5 % pour la fin de l’année dernière. Après un début d’année morose, le secteur manufacturier poursuit son rattrapage et explique, à lui seul, plus de la moitié de la croissance du PIB du troisième trimestre, un peu moins qu’au deuxième mais, toujours, une proportion élevée. La situation s’est malgré tout améliorée dans les services, avec une contribution de moitié à la croissance du PIB du troisième trimestre, également la plus forte depuis trois ans. Le secteur de la construction est à l’écart, en territoire récessif pour le troisième trimestre consécutif, sans pour autant avoir d’impact notoire sur la conjoncture dans son ensemble, à ce stade.

On comprend le satisfécit de D. Trump sur son bilan. Restent malgré tout bon nombre de questions sur les développements en cours.

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