Scénario 2015.2 – Plus de croissance réelle, pas forcément nominale

Dans la suite de notre première publication sur le scénario 2015 (voir à ce sujet : Scénario 2015. 1- Place aux consommateurs), nous abordons aujourd’hui ce qui est parmi les sujets les plus complexes des perspectives présentes : la combinaison d’une croissance plus forte en termes réels sur fond d’écrasement exceptionnel des taux d’inflation. Si, comme nous l’estimons, l’inflation n’excède pas 1,5 % cette année à l’échelle mondiale, alors la croissance du PIB nominal ne devrait pas dépasser 5,5 %, en effet ; il s’agirait d’une perte d’un point par rapport à 2014 mais, surtout, du taux de croissance le plus faible jamais enregistré depuis le début des années quatre-vingts, à l’exception de 2009.

Les effets conséquences d’une telle configuration sont difficiles à prévoir. On peut toutefois en redouter un certain nombre de déceptions sur les enchaînements économiques et financiers à venir en matière d’investissement, de résultats des entreprises, de risque financier et immobilier, notamment.

L’ensemble retient l’enthousiasme que pourrait susciter la révision à la hausse de nos perspectives de croissance réelle et entraîne au moins trois conclusions :

  • une incertitude persistante sur les perspectives du second semestre 2015 et sur les chances que le rebond de croissance post-contrechoc pétrolier débouche sur une amélioration durable de l’environnement économique mondial,
  • un contexte fragile face auquel les politiques monétaires devraient conserver un mode très accommodant de sorte que les taux d’intérêt resteront vraisemblablement très faibles là où ils le sont déjà et s’affaisseront probablement dans une large partie du reste du monde,
  • un environnement propice à la multiplication de politiques de dépréciation monétaire qui risque fort de prolonger la période d’instabilité entamée ces derniers mois sur les marchés des changes internationaux.

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Le moral des PME américaines retrouve ses niveaux de 2006

S'il est une bonne nouvelle, c'est bien dans l'évolution de cet indicateur de confiance des PME américaines qu'elle se trouve. Seulement récemment sorti du canal étroit dans lequel il oscillait depuis 2010, l'indice NFIB s'est considérablement ressaisi ces derniers mois pour retrouver en décembre un plus haut depuis la fin 2006, conforme à ceux connus par ces indices avant la crise de 2008. 

Il s'agit sans conteste d'un signal fort d'amélioration significative de la situation américaine, à l'origine de laquelle se trouve la chute des cours de l'énergie et ses effets bénéfiques sur le pouvoir d'achat des ménages, leurs dépenses et, par là même, le mieux être des PME très largement concentrées dans la sphère des services. 

Les facteurs d'insatisfaction qui, depuis longtemps, nous retenaient d'envisager des perspectives plus encourageantes sur l'économie américaine se lèvent donc. La mise à jour de notre scénario de croissance dont la publication débutera demain promet de belles surprises!

Le bas niveau des taux longs, fatalité démographique ou aberration?

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La chute généralisée des taux des emprunts d’Etat de ces dernières années est souvent perçue comme le reflet d’un phénomène inéluctable, coïncident au processus de vieillissement démographique planétaire. Cette fatalité qui voudrait que des économies vieillissantes voient naturellement le niveau de leur taux d’intérêt s’ajuster à celui d’une croissance tendanciellement plus faible, à l’image de l’expérience japonaise de ces quinze dernières années, est, pourtant, largement discutable. Si le coût du capital est, en effet, l’expression du rapport des capacités aux besoins de financement, alors des sociétés vieillissantes, par nature moins pourvoyeuses d’épargne, ne seraient-elles pas plus propices à une remontée du coût de celui-ci plutôt que l’inverse ? Au moment où l’évolution des marchés obligataires internationaux semble prendre un tour de plus en plus structurel, les enseignements de la relation entre les fondements démographiques et le niveau des taux d’intérêt à long terme sont assez largement incontournables à qui recherche des points d’ancrage structurels.

La vigilance de la Fed ne suggère pas de hausse de ses taux avant… longtemps

Malgré l’amélioration des conditions domestiques américaines, les minutes de la Fed traduisent une vigilance extrême à l’égard de trois facteurs de risques : les conditions internationales, les marchés financiers et le faible niveau de l’inflation.

Aucun de ces points ne devrait la précipiter à remonter le niveau de ses taux d’intérêt avant longtemps. Si les minutes excluent toute hausse au cours des deux prochains meetings, soit d’ici avril, elles précisent également que la Fed ne remontera pas ses taux avant que l’inflation sous-jacente soit stabilisée sur les niveaux qui étaient les siens lors du FOMC (aux environs de 1,5%) sous réserve de perspectives crédibles d’une remontée de l’inflation vers son objectif de 2%. Ces précisions éloignent significativement l’horizon d’un passage à l’acte.

Les effets de la chute des prix du pétrole vont, en effet, jouer à plein au premier semestre et, sauf remontée brutale des cours d’ici au printemps, l’inflation annuelle pourrait bien tomber temporairement en territoire négatif au second trimestre : selon nos estimations, elle refluerait de 1,7% au troisième trimestre 2014, à 1% au quatrième, puis 0,3% et -0,3% respectivement aux premiers et deuxième trimestres 2015.

Au-delà des effets pétrole, l’inflation reste très faible, cantonnée à certaines catégories très spécifiques de services -la santé et les loyers principalement- aux effets contenus sur le coût de la vie : à 2,5%, l’inflation dans les services hors énergie est toujours significativement inférieure à ce qu’elle était en moyenne avant la crise de 2008 (3,2 % en moyenne depuis 1995). Les prix des biens durables de consommation se contractent, en revanche, déjà significativement. En repli annuel de 1,7% en novembre, ils devraient accuser les effets de la hausse du dollar, comme de nombreux autres produits importés, au cours des prochains mois et continuer à exercer des pressions désinflationnistes importantes.

Difficile dans de telles conditions d’imaginer que la Fed puisse passer à l’acte que ce soit en avril ou au-delà. Sauf embardée des salaires, ce qui ne peut être totalement exclu dès lors que le taux de chômage cassera le niveau de 5%, probablement aux environs du printemps, il se pourrait bien que l’amorce d’un cycle de hausse de ses taux d’intérêt soit tout simplement impossible avant la fin de l’année. Les taux longs ne sont donc pas sur le point de remonter et pourraient même encore refluer si l’on en juge par la correction que devraient subir les anticipations sur les taux directeurs. Ce mouvement contrariera-t-il le reflux de l’euro? Attendons les annonces de M. Draghi avant d’essayer d’y voir plus clair…

Inflation USUS T-Bonds

Vers une inflation négative en zone euro en 2015

L’inflation de l’UEM, c’était acquis, devait basculer en territoire négatif sans le sillage de la chute des cours du pétrole ; nos dernières estimations aboutissaient à un taux négatif à partir du mois de janvier, susceptible de reculer jusqu’à -0,5% l’an d’ici avril. Les choses vont plus vite que prévu avec une chute à -0,2 % du taux d’inflation annuel dès le mois de décembre selon les données préliminaires publiées ce matin. L’effet de la chute des prix de l’énergie est évidemment très marqué. La composante énergétique de l’indice européen est en repli de 6,3% sur douze mois, ce qui explique 0,7 points de la baisse du taux d’inflation annuel enregistrée depuis un an, de 0,8% à -0,2%.

Le mouvement devrait se poursuivre au cours des mois à venir. D’abord parce que les cours de l’énergie poursuivent leur déclin mais, également, parce que ce mouvement  devrait se diffuser pendant plusieurs mois sur de nombreuses autres composantes de l’inflation. L’inflation sous-jacente, hors énergie et produits frais, stable au cours des trois derniers mois à 0,7%, est donc amenée à décliner en 2015 et pourrait avoisiner zéro pour-cent d’ici à l’été.

Le débat sur la réalité déflationniste en zone euro est donc dépassé. La situation ne suscite plus de doute : l’inflation 2015 sera négative, à hauteur vraisemblablement de -0,5% à -1%, selon la tournure des choses dans les mois à venir.

Le Royaume-Uni dépasse la France, pour combien de temps?

Le PIB britannique serait repassé devant celui de la France en 2014, remontant ainsi au 5ème rang mondial. La nouvelle suscite une grande curiosité côté français, avec cette tentation de rechercher dans la voie britannique un quelconque modèle. On oublie trop souvent, toutefois, de rappeler que l’économie britannique est avant tout une plateforme financière hors norme en Europe : le secteur financier y concentre encore 7,5 % du PIB et à peu près autant de la masse salariale du pays, contre moins de 5 % en France et moins de 4 % en Allemagne. Dans le contexte financier international de ces dernières années, la City a drainé de nombreux capitaux de par le monde, dans le sillage desquels de larges pans de l’activité économique ont été alimentés, de la finance à proprement parler aux multiples services qui y sont rattachés, sans oublier l’immobilier et les transports. L’économie britannique est ainsi probablement la plus grande bénéficiaire des injections de liquidités de la Fed sur les marchés financiers depuis la fin 2012.

L’exposition du pays à des marchés dorénavant moins porteurs, soumis en outre à l’assèchement des flux de capitaux en provenance de Russie ou autres producteurs de pétrole, augure de jours vraisemblablement plus compliqués outre-Manche. Car les progrès effectivement réalisés par le pays en dehors du secteur financier sont ténus : ses performances industrielles ou à l’exportation ne sont guère plus avantageuses que celles de la France, par exemple, quand, par ailleurs, le pays enregistre un déficit courant de plus de 5 % de son PIB et un déficit public de même ampleur.

Dès lors ne rougissons pas trop, le « modèle » britannique est encore très relatif…

Réorganisation de notre site

Notre site évolue avec une refonte de ses rubriques dans le but d’en améliorer la fluidité et l’organisation. Les onglets de haut de page sont dorénavant les suivants :

  • CONJONCTURE : divers articles sur l’analyse de la conjoncture économique internationale + moniteurs graphiques
  • PREVISIONS : articles et présentations relatifs à nos scénarios
  • THEMATIQUE : analyses thématiques diverses
  • STRATEGIE D’INVESTISSEMENT : articles et présentations relatifs à nos recommandations en matière d’allocation d’actifs
  • HEBDO : publication « Humeur du Vendredi »
  • SUR LE VIF : nouvelle rubrique destinée à recevoir nos commentaires à chaud sur l’actualité économique et financière

La rubrique « In Charts » dans laquelle se trouvaient nos moniteurs disparaît. Ces derniers se retrouveront dorénavant dans la rubrique « Conjoncture »

La rubrique « Remue-méninges » s’est avérée moins pertinente que ce que nous avions envisagé lors de sa création, peut-être nos méninges sont-elles déjà très sollicitées…

Les publications éditées depuis la création du site ont toutes été reclassées et restent donc accessibles.

Cordialement

V. RF

2015 : année du bilan de la Fed

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Avec une Fed patiente, une BCE prometteuse et une BoJ déjà ardemment au charbon, les banques centrales maintiennent une précieuse veille au chevet de l’économie mondiale, tout au moins des marchés financiers. Les choses pourraient se compliquer dans les mois à venir, si, comme le laissent entrevoir les tendances en cours, l’action de la Fed commence à porter ses fruits, c’est-à-dire, si l’abondance de liquidités, plutôt que d’être absorbée par les seuls prix d’actifs, finit par se déverser dans l’économie réelle, via une accélération de la croissance du crédit. Janet Yellen risquerait, alors, à juste titre, de commencer à perdre patience et d’entamer l’exercice d’équilibriste qui consistera à affronter les défis d’une normalisation de sa politique monétaire. Quels sont-ils ?