Après l’effroi, des questions, peu de réponses

L’effroi provoqué par les événements de vendredi 13 novembre à Paris n’est pas forcément de bon conseil pour envisager l’impact des attentats sur l’économie française. La force d’inertie, peut, en effet, être surprenante au regard du choc psychologique qu’occasionnent de telles circonstances, de sorte que les liens de cause à effet sont assez largement aléatoires. On ne constate, par exemple, aucun choc de confiance significatif ou durable à la suite des attentats de grande ampleur qu’ont été ceux du World Trade Center en 2001, de Madrid en 2003 ou les épisodes français de 1996 ou janvier 2015. Cette observation est assurément troublante quand on sait le traumatisme connu par les populations concernées à chacun de ces moments mais nous rappelle qu’il existe une réelle capacité de discernement entre le sentiment personnel d’un individu et son rôle en tant qu’agent économique.

Conclure à une plus grande fragilité des perspectives françaises après les attaques de vendredi dernier est donc assez illégitime malgré, sans doute, des effets frictionnels envisageables en particulier sur le front touristique, sur celui de la fréquentation des grands magasins ou encore des plans d’investissement des entreprises.

Mais ne nous trompons pas, la tragédie de Paris ne sera pas sans lendemains et c’est bien de ceux-ci que découleront, sans doute, les effets économiques les plus marqués et probablement les plus durables. Or, de ces lendemains nous ne savons que bien peu de choses :

– Quelles seront les retombées de ce qui s’est passé vendredi dernier en matière de gestion du conflit syrien et d’implication militaire dans la région de la France et de ses alliés ?

– Comment la France parviendra-t-elle à gérer les multiples fronts sur lesquels elle s’est engagée ces derniers trimestres, l’Europe finira-t-elle par s’impliquer, comment ?

– Quelles pourraient être les implications d’une telle situation sur l’évolution des cours du pétrole et plus généralement la situation géopolitique internationale ?

– Qui financera quoi et comment ?

– Comment peut évoluer la politique migratoire européenne dans un tel contexte ?

Force est de constater que le nombre de questions l’emporte largement sur les réponses que nous serions susceptibles de formuler. Si, effectivement, les perspectives immédiates n’ont pas lieu d’être modifiées à ce stade, ce qui s’est produit à Paris vendredi dernier, dans les circonstances en présence, ne permet plus de laisser la dimension géopolitique sur le bas-côté des perspectives de plus long terme. Nous l’avions pressenti lors de la formulation de l’invitation à notre réunion trimestrielle, reste maintenant à aiguiser nos outils pour faire face à ce défi auquel notre génération d’économistes, par chance, s’est bien peu rodée jusqu’alors.

Quelles sont les motivations de M Draghi?

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Il n’aurait pas été très compliqué pour le Président de la BCE de se démarquer cette semaine de sa position, largement incomprise, sur la nécessité d’assouplir davantage la politique monétaire de la BCE. L’amélioration de l’inflation sous-jacente et la confirmation d’une meilleure tenue de la conjoncture domestique en zone euro auraient, en particulier, pu être utilisées par Mario Draghi pour se donner un peu de temps, la voie ayant, par ailleurs, été ouverte par son numéro 2, Benoît Cœuré, en milieu de semaine. Il n’en a rien été. Le Président de la BCE semble donc prêt à faire davantage dès la prochaine réunion du Comité de politique monétaire, le 3 décembre. Nous voyons dans cette perspective potentiellement plus de risques que de bénéfices.

Fin de partie ou nouveau cycle haussier ?

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À 2100 points, l’indice S&P 500 américain a repris la quasi-intégralité de ce qu’il avait perdu entre son point haut du 21 mai et les 1882 points atteints le 28 septembre. Après cette reprise spectaculaire, il suffirait d’une progression de moins de 2 % pour que l’indice phare mondial dépasse son précédent record historique et rouvre potentiellement, par là-même, la voie d’un nouveau cycle de hausse des actions américaines et, probablement, mondiales. Un tel scénario est-il crédible ? Nous continuons à en douter.

L’honneur est sauf

Avec 271 000 emplois créés en octobre, un nouveau repli de chômage à 5 % (contre 5,1%) et une accélération des salaires de 0,4 %, soit 2,5 % sur un an, la voie se dégage pour Janet Yellen qui devrait être confortée dans sa stratégie de remontée des taux directeurs en décembre.

Salaires US emploi US

Les répliques des marchés à ce changement de décor pourraient être marquées, plusieurs mouvements sont à attendre :

  • Une remontée accélérée des taux longs, le rendement des T-Bonds à dix ans, remonté à 2,30 % dès la publication du rapport sur l’emploi, pourrait grimper sans tarder vers 2,50%, voire au-delà si les données à venir confortent l’idée d’un mouvement durable de hausse des taux.
  • Une accélération du mouvement d’appréciation du dollar à l’égard des devises des pays développés, l’euro et le yen notamment compte-tenu du creusement des écarts de politique monétaire.
  • Un nouveau repli des prix des matières premières, les attentes en matière de demande étant peu susceptibles d’être modifiées tant que les nouvelles en provenance de Chine ne seront pas plus encourageantes tandis que la hausse des taux risque de créer des flux sortants sur ces actifs (pétrole, et or notamment)
  • L’impact sur les marchés d’actions est plus complexe, tiraillés entre la bonne nouvelle d’une économie américaine plus solide et les craintes de fin de cycle que risque de susciter l’enclenchement du cycle de hausse des taux, les marchés américains risquent de répliquer négativement avec pour effet de contenir l’impact positif de la chute de l’euro sur le marché européen.

L’horizon est toutefois loin d’être dégagé. À chaud, ce changement suscite au moins trois questions susceptibles de tarauder les marchés dans les jours à venir :

  1. Quid de la décision de la BCE s’élargir son quantitative easing dans un contexte de repli d’ores et déjà substantiel de l’euro ?
  2. Quid des pays producteurs de matières premières susceptibles d’être doublement chahutés par un repli des cours sur fond, qui plus est, de hausse du dollar ?
  3. Quid des pays dont le taux de change est encore arrimé au dollar (la Chine) quant à leur capacité à faire face à une appréciation de leur taux de change ?

Auxquelles nous ajouterons nos doutes quant à la capacité de l’économie américaine à faire face au double choc d’une remontée additionnelle du dollar et des taux à long terme…

 

Trois scénarios en six semaines, J. Yellen est-elle perdue ?

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Nous avions publié à la veille du FOMC des 17 et 18 septembre trois scénarios envisageables sur la décision de la Fed et leurs conséquences respectives pour les marchés financiers. Si comme nous l’avions anticipé, le scénario d’un statu quo, alors estimé le plus probable, a bien été celui privilégié à l’issue de cette réunion, sa position a, depuis, singulièrement évolué ! C’est, en effet, le scénario n°2 qu’elle semblait privilégier à la suite du FOMC des 27 et 28 octobre, la semaine dernière et c’est aujourd’hui le scénario n°3 qu’elle a donné l’impression d’avoir en tête…

En d’autres termes Janet Yellen donne fort l’impression de naviguer à vue, au point que certains députés semblent tentés de s’en remettre aux forces divines pour définir le meilleur timing de la hausse des taux…

PMI zone euro : un bon cru malgré des zones d’ombre

Les résultats définitifs des enquêtes PMI confirment la résistance des économies européennes à la détérioration du contexte international et l’élargissement du socle de croissance à la totalité des pays de la zone euro. Si les résultats sur le front industriel sont mitigés, l’amélioration des conditions domestiques commence à porter ses fruits, permettant notamment de consolider la reprise dans les services.
PMI UEM
Malgré ces résultats, dans l’ensemble, rassurants, les tendances varient assez significativement d’un pays à l’autre, laissant en suspens un certain nombre de questions.
C’est en France, que les enquêtes PMI du mois d’octobre sont les mieux orientées, décrivant un regain de dynamique notamment porté par l’amélioration de la situation de l’industrie manufacturière, au contraire de ce qui est généralement observé chez nos voisins ces derniers mois. Ces tendances sont assez conformes aux résultats des enquêtes INSEE suggérant une nette amélioration généralisée de la situation française depuis le début de l’été.
 PMI France
L’Allemagne, potentiellement la plus exposée à la détérioration des perspectives à l’exportation, parvient à tirer son épingle du jeu notamment grâce au maintien de la croissance dans les services. Il y a quatre raisons principales à cette résistance :
– le retour en grâce des consommateurs allemands dont la croissance du pouvoir d’achat atteint aujourd’hui des records inégalés depuis quinze ans,
– le rebond du marché immobilier, dopé ces derniers mois par le très bas niveau des taux d’intérêt,
– les premiers effets liés à l’afflux massif des réfugiés sur l’activité,
– une reprise graduelle des échanges intra-régionaux dont bénéficient, d’ailleurs, la plupart des pays de la région.
L’absence de réaction plus marquée de l’indice PMI manufacturier à la crise de Volkswagen  intrigue, toutefois, et méritera d’être validée par les données à venir (les commandes et la production attendues demain et après-demain, notamment).
PMI Allemagne
Les PMI sont plus mitigés en Italie, où le niveau de l’indice manufacturier peine à se redresser après avoir reflué durant l’été. La situation dans les services reste ferme cependant, permettant au PMI composite de conserver un niveau confortable de 53.9. On surveillera toutefois l’évolution des données domestiques sur lesquelles la fin de l’exposition universelle pourrait peser d’ici la fin de l’année.
 PMI Italie
Les résultats de l’Espagne sont relativement décevants depuis trois mois, suggérant, tant sur le front industriel que sur celui des services, un très net essoufflement de la dynamique de l’activité. A 51,3 en octobre, l’indice PMI manufacturier est à son plus bas niveau depuis décembre 2013, inférieur de 4,5 points à son pic du mois de mai. Dans un tel contexte, le décrochage de l’indice des services pose question. Sans doute, pour partie imputable à la dégradation du contexte politique et aux retombées des élections du mois de septembre, ce retournement de tendance pourrait devenir préoccupant s’il venait à perdurer.
 PMI Espagne

La zone euro va définitivement mieux !

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Les économies de la zone euro vont mieux et nos perspectives, quelque peu, volontaires s’en trouvent confortées. Derrière une conjoncture dorénavant plus porteuse se profilent des tendances susceptibles de changer la donne de manière durable. Retour sur les conditions d’un meilleur allant et les raisons pour lesquelles la BCE ferait bien de s’abstenir d’accroître davantage son quantitative easing, à ce stade, tout au moins dans sa forme actuelle.

UEM Sentiment et PIBUEM climat affaires par pays

Fed, un bien mauvais timing !

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On aurait pu imaginer meilleur timing que la veille de la publication des chiffres de croissance du troisième trimestre pour la confirmation qu’une hausse des taux restait envisagée par le FOMC pour le mois de décembre. Car, force est de constater que les données publiées hier ne servent guère la cause défendue par la Fed dans son dernier communiqué. Au-delà de l’instabilité inhérente à toute comptabilité trimestrielle, c’est bien la confirmation d’un ralentissement de la croissance et l’absence de quelconques pressions inflationnistes que décrivent les estimations préliminaires du PIB du troisième trimestre.

US PIB