Les faux-semblants du scénario 2017

Rebond de l’inflation, raffermissement de la croissance mondiale, hausse des taux d’intérêt… Voilà bien longtemps que nos prévisions macro-économiques n’ont pas été aussi engageantes. Après une année de léthargie, les marchés européens devraient réceptionner ce changement d’environnement avec enthousiasme début 2017.

La page de la déflation est-elle pour autant tournée ? Ce n’est pas ce qui ressort de notre analyse.

La parenthèse qui s’est ouverte depuis l’automne et que l’élection de D. Trump a plus encore élargie semble dès lors bien fragile, susceptible de se refermer sans prévenir en cas d’accident de parcours.

Or la liste des risques en la matière est fournie :

  • Sur le plan économique d’abord, la capacité des consommateurs à faire face à la remontée trop rapide de l’inflation et des taux d’intérêt étant l’un des aspects les plus incertains de l’exercice prévisionnel du moment ;
  • Sur le plan de la politique monétaire, un enthousiasme trop rapide des banquiers centraux étant susceptible de provoquer un krach obligataire aux conséquences assez largement imprévisibles ;
  • Sur le plan politique, avec un agenda chargé d’élections décisives pour l’avenir de l’Europe et l’orientation du policy-mix, à l’heure, qui plus est, de la concrétisation du Brexit, à partir du mois de mars ;
  • Sur le plan géopolitique, enfin, où les sources de crispations internationales se sont incontestablement multipliées ces derniers mois, sur fond de démondialisation économique rampante…

Au-delà des chiffres, c’est un scénario miné de risques et d’incertitudes qu’inspire l’année à venir.

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Stop ou encore ?

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Quatre semaines après la victoire de D. Trump à la présidentielle américaine, la psychologie des marchés semble avoir radicalement changé. Si leur nouvelle façon d’appréhender l’avenir venait à être confortée, nous ne serions qu’au début de profonds bouleversements.

À supposer, en effet, que l’économie américaine soit effectivement capable de connaître une croissance durablement supérieure à 3 % et une inflation de plus de 2 %, le niveau vers lequel les taux à 10 ans américains devraient converger ne serait plus de 2 %-3 % comme la plupart des prévisionnistes anticipaient jusqu’alors mais plus vraisemblablement de 5 %-6 %, plus de deux fois supérieur au niveau actuel et jamais observé depuis 2007.

Une telle correction équivaudrait à une chute du marché obligataire d’environ 25 %, cohérente avec un changement radical des anticipations sur la politique de la FED. Le nombre de hausses des taux directeurs que pourrait orchestrer la FED dans un tel cas de figure, ne serait plus, en effet, de 2, 3 ou 4, à pas comptés de 25 points base chacun d’ici la fin de l’année prochaine, mais plus vraisemblablement de 8 ou 9, soit un relèvement à chaque réunion du FOMC, sans exclure la possibilité de mouvements de 50 points de base, dont le dernier du genre remonte à l’année 2000…

Alors que se sont multipliées ces derniers mois les analyses structurelles aboutissant pour la plupart à la conclusion d’un nouveau régime de taux d’intérêt durablement bas, les enchaînements susceptibles de naître de ce changement subit de perception constituent, on le comprend, un risque indiscutablement élevé pour les investisseurs. Qu’en penser ?

Au pied du mur

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« Si nous agissons seuls nous serons à la merci d’évènements plus grands que nous, menaçants pour la paix et la sécurité européenne » Mario Draghi, président de la BCE, reprenant les mots de Carlo Azeglio Ciampi, le 21 novembre 2016, en conclusion de son allocution devant le Parlement européen.

L’onde de choc du résultat des élections américaines s’est abattue sur l’Europe depuis quinze jours, faisant brutalement prendre conscience d’une réalité que le Brexit, trop vite considéré comme une nouvelle expression de l’exception britannique, n’avait permis de provoquer malgré sa détonation première. À ce titre, les mots utilisés par Mario Draghi pour conclure son allocution devant le parlement européen en début de semaine sont cinglants, faisant preuve d’une lucidité rarement égalée parmi les responsables européens. Les propos du président de la commission européenne, JC Juncker, ne sont pas moins troublants, révélateurs des difficultés de gouvernance et de la paralysie d’un ensemble dans lequel les responsabilités sont sans cesse menacées.

L’Europe saura-t-elle dans de telles conditions relever les défis nécessaires à la préservation de sa cohésion et de son existence même ? De plus en plus nombreux sont les observateurs à en douter quand l’agenda électoral des mois à venir menace d’ébranler un peu plus le fragile édifice en place et n’est guère propice à l’accélération du temps qui serait nécessaire pour faire face aux enjeux en présence. Et pourtant, s’il est une évidence, c’est bien celle de l’urgence. Car, bien que la situation économique soit incontestablement meilleure qu’au cours des dernières années, avouons qu’il ne reste plus grand espoir que la croissance spontanée parvienne à être suffisamment généreuse pour couper l’herbe sous le pied de l’euroscepticisme en présence quand, même l’Allemagne ne parvient à s’en sortir.

taux de pauvrete

Panne du pilotage monétaire dans un monde post-industriel et vieillissant

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Janet Yellen l’a annoncé hier, la FED s’apprête à relever le niveau de ses taux directeurs en décembre. Bien qu’attendu depuis près d’une année, ce changement est sans doute moins important que la communication qui accompagnera l’annonce de cette décision, à partir de laquelle se forgeront, notamment, les anticipations sur sa politique à venir.

En décembre 2015, la FED avait assorti le premier relèvement de 25 points de base des Fed Funds d’une projection de quatre hausses supplémentaires en 2016 puis à nouveau en 2017. Sa stratégie était à l’époque encore largement imprégnée de l’approche « taylorienne » qui a présidé à la gestion de la politique monétaire américaine ces trente dernières années, d’un cycle de remontée graduelle des taux assez fidèle à ceux passés, quand bien même plus timoré ; les taux directeurs étaient, ainsi, censés retrouver un niveau de 2,4 % d’ici fin 2017. Un an plus tard, cette stratégie semble largement en porte-à-faux. Non seulement la banque centrale américaine n’est pas parvenue à suivre la trajectoire qu’elle avait envisagée, mais les outils qui permettaient jusqu’alors de piloter ses décisions sont aujourd’hui largement inopérants…

TRUMP – l’effet papillon

C’est peu de dire que la réaction initiale des marchés financiers à la victoire de Donald J. Trump interroge. La tentation pourrait être grande de suivre le mouvement et d’accepter l’idée que l’élection du nouveau président des États-Unis a créé plus de peur qu’elle ne fera de mal ; que le pragmatisme prendra forcément le pas sur les provocations et que, in fine, seuls les éléments les plus favorables de son programme – baisse d’impôts et dépenses d’infrastructures – sont à retenir. Il y aurait cependant une certaine indécence à ne pas considérer le risque de complaisance à privilégier telle approche ; à faire fi, non seulement des dérives verbales de ces derniers mois, mais de ce qui figure noir sur blanc sur la plateforme électorale de l’ex-candidat et des risques de dérives que sa seule élection pourrait produire dans la société américaine et au-delà. Rien, sinon, une apparition publique de trois minutes au cours de laquelle l’heureux élu s’est effectivement montré digne de ses nouvelles responsabilités -comment pouvait-il en être autrement ?-, n’autorise une telle posture.

Dow Jones post Trump election

Sauf à être capable de dire avec précision quelle a été, le cas échéant, la part de bluff du candidat durant sa campagne électorale, nous ne savons rien de ce que pourra signifier son élection sur le plan économique, financier ou diplomatique et géopolitique. Dans de telles conditions, l’aléa est sans pareil : Trump coup de bluff ou Trump pur jus, c’est bel et bien à ces deux hypothèses qu’il faut se préparer.

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Élections américaines – les 3 scénarios du 8 novembre

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Donald Trump. Un peu comme un rouleau compresseur, celui qui encore au printemps était presque unanimement considéré comme l’improbable candidat à la primaire républicaine a, depuis, passé avec brio toutes les étapes de la course à la Présidentielle, au point, de bénéficier aujourd’hui d’une probabilité élevée d’être élu Président des États-Unis mardi prochain. Son élection constituerait un scénario catastrophe à bien des égards.

Hillary Clinton. Présumée gagnante en début de course, notamment à partir du moment où son rival fut connu, la candidate démocrate a pour sa part subi les revers récurrents de ses déboires judiciaires et de l’image qu’elle porte en elle, celle de la continuité dont précisément une trop large proportion d’Américains ne veulent plus. Sa perte de vitesse au cours des derniers rounds vers l’élection, soulève de plus en plus sérieusement l’hypothèse d’un échec. Sa victoire constituerait un soulagement immédiat mais le caractère timoré de son programme soulèverait sans tarder des questions sur sa capacité à adresser les défis structurels qui se posent aujourd’hui à l’économie américaine.

Hillary Clinton, contestée. Dans le cas d’une victoire, largement plébiscitée en dehors des États-Unis, le scénario d’une avance insuffisamment confortable de la candidate démocrate pour prévenir une contestation des résultats par son rival dans un certain nombre d’États clés, comme ce dernier l’a déjà proféré dans l’hypothèse de son échec, est loin d’être négligeable. Le risque d’une issue différée de l’élection du 8 novembre, le temps nécessaire pour de nouveaux décomptes des votes semble relativement conséquent. En 2000, l’épopée du recomptage des voix de l’État de Floride avait pris fin le 12 décembre sur décision finale de la Cour suprême de couper court aux procédures de validation pour tenir les délais constitutionnels…

Rares ont été les élections passées au cours desquelles l’incertitude et, simultanément, les enjeux électoraux américains ont semblé aussi importants pour les États-Unis et le reste du monde. Quels pourraient être dans ces trois différents cas de figure les implications immédiates pour les marchés financiers internationaux ?

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Marchés obligataires, le grand mikado des marchés mondiaux

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Le jeu des marchés mondiaux se complexifie de jour en jour depuis quelques temps, donnant l’impression d’être exposé à un nombre inhabituel de facteurs d’influence potentiellement globale et de risques de nature et d’origines multiples. Entre les interrogations planant autour des politiques des banques centrales, celles relatives au pétrole, à l’inflation, au repli accéléré de l’euro et du yen, notre Humeur peine à faire le tri ce vendredi. Et si tous ces facteurs d’incertitudes se retrouvaient à travers un seul et même marché : l’obligataire ?

 Anticipations d'inflation

Tapering, who cares ?

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Mario Draghi aurait pu faire mieux pour convaincre que la réduction de son programme d’achats d’actifs à partir du mois de mars n’était pas un sujet. Car assurer, comme il l’a fait, que le QE ne serait pas stoppé brutalement, quand personne n’avait osé imaginer un tel scénario, suggère plutôt que la question d’un éventuel « tapering » soit bel et bien d’actualité…

Les raisons susceptibles d’inciter la BCE à franchir le pas sont, de fait, assez nombreuses, de sorte que l’interprétation que les marchés ont eue des propos du Président de la BCE lors de sa conférence de presse du 20 octobre, peut être perçue comme assez largement conciliante. Retour sur un sujet auquel il pourrait être difficile d’échapper dans les prochaines semaines.

Tapering