Croissance américaine, le cadeau empoisonné de J. Biden à D. Trump

D. Trump, quoiqu’il en dise, aura du mal à faire mieux que son prédécesseur, dont le mandat a été marqué par une croissance du PIB de 13 % en quatre ans, à un rythme moyen de 3,2 %. Ironie du sort, ce succès lui revient en partie, en tout cas pour la première partie du mandat de son successeur qui ne pouvait que marcher dans les traces du plan de relance qu’il avait lui-même précédemment préparé, mais qui s’en souvient ?
J. Biden, s’il est parvenu a maintenir la croissance à flot depuis deux ans et demi commençait, à l’évidence, à manquer de moyens. L’impulsion donnée à l’investissement en 2022, essentiellement consommée, les bases de la croissance commençaient à s’étioler. Si le repli de l’inflation avait permis de stimuler la consommation des ménages, il ne restait plus grand-chose pour alimenter la machine, comme en témoignent les détails du PIB du dernier trimestre de son mandat, publiés aujourd’hui. La stratégie de D. Trump qui consiste pour beaucoup à démolir ce qui a été achevé ces quatre dernières années parviendra-t-elle à recréer les bases de nouvelles sources de croissance ? L’ambition est de taille.

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Les ailes de colombe de Mme Lagarde bel et bien ligotées par les faucons de la BCE

Super cool sur l’inflation dans son communiqué initial, la BCE apparaît, in fine, beaucoup plus réservée sur les perspectives, en particulier sur le front des services. Après avoir confirmé la baisse de ses taux directeurs d’un quart de point, à 2,75 % pour le taux de dépôt, Mme Lagarde a quasiment mis à l’écart la probabilité d’une nouvelle baisse de ses taux au mois de mars dès sa réponse à la première question qui lui a été posée. La présidente de la BCE a souligné la nécessité d’avoir plus d’informations sur les tendances en cours avant d’aller plus loin dans le processus de baisse des taux, quand bien même ce dernier n’est probablement pas terminé : les conditions monétaires sont, en effet, jugées toujours restrictives et les taux encore supérieurs à ce qui serait la neutralité … même si ce diagnostic peut encore évoluer dans le futur ! En bref, les chances que la BCE aille là où les marchés l’attendent, sont malmenées.

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PIB français : l’effet glaciation de la crise politique

Attendu stable par l’INSEE et la Banque de France, après une hausse de 0,4 % à l’été, le PIB français s’est finalement contracté de 0,1 % au dernier trimestre 2024, en raison d’une contribution négative d’un dixième des variations de stocks et de deux dixièmes du commerce extérieur. Au final, sur l’ensemble de l’année, la révision à la hausse du deuxième trimestre a permis de sauvegarder une croissance moyenne de 1,1 %. L’impact négatif de la crise politique ne fait aucun doute sur l’origine des mauvais chiffres de fin d’année. L’économie française s’est littéralement figée au dernier trimestre, suspendue aux résultats de négociations budgétaires tumultueuses, assorties de menaces d’austérité, et victime des pénalités additionnelles en provenance d’une économie allemande en récession et du contrecoup des JO. L’ensemble est toutefois moins mauvais que redouté, en particulier sur le front de la consommation des ménages sur laquelle la désinflation produit quelques effets salvateurs, ainsi que souligné par ailleurs par les données mensuelles d’achats de biens. Le budget en discussion permettra-t-il de préserver cet atout ? C’est toute la question.

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D. Trump devrait féliciter la Fed dont la prudence fait refluer les taux, non l’inverse !

Le meilleur moyen de faire refluer les taux d’intérêt auxquels se financent les entreprises, les ménages et l’Etat américains n’est pas de baisser les taux directeurs de manière injustifiée mais, souvent, l’inverse. D. Trump gagnerait bien du temps et de l’énergie s’il acceptait cette vérité, on ne peut mieux illustrée par les développements monétaires des derniers mois. Rappel : le 18 septembre, la Fed surprend en versant d’un côté démesurément accommodant. Pour prévenir un risque conjoncturel qu’elle est à peu près la seule à redouter, elle baisse d’un demi-point ses taux directeurs de 5,50% à 5 % et annonce envisager de les ramener à 3,5 % d’ici fin 2025. Perçue comme trop conciliante à l’égard de l’inflation, son action pousse les taux longs en sens inverse de celui des Fed Funds : le rendement des T-Notes à 10 ans grimpe de 3,60 % le 18 septembre à 4,40 % à la veille du FOMC suivant. La Fed a fait un faux pas qui lui à couté sa crédibilité et les primes de terme se tendent d’autant plus que les menaces inflationnistes s’exacerbent à l’approche de la réélection de D. Trump. Son erreur la menace de perdre la main sur la formation des taux d’intérêt à terme, une issue hautement inconfortable qu’il lui faut corriger. C’est ce qu’elle a fait en décembre par un changement de discours complété de perspectives de baisses des Fed Funds drastiquement rabotées et ce qu’elle a réitéré cette semaine en fermant la porte à de nouvelles baisses de ses taux directeurs jusqu’à nouvel ordre, sans exclure la possibilité d’un nouveau resserrement : les taux à deux ans se sont, de fait, légèrement tendus, mais les taux à plus long terme, qui avaient stoppé leur ascension après le FOMC de décembre, se sont, à l’inverse, légèrement détendus, aidés par la dissipation des craintes relatives au protectionnisme de D. Trump depuis le 6 janvier.

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Profil bas pour un président de la Fed sur un siège éjectable…

Le maintien des taux de la Fed à 4,25/4,5 % au terme du FOMC de cette semaine ne fait guère de doute. Dans un contexte de croissance soutenue, de récent raffermissement des créations d’emplois et d’incertitude persistante sur l’inflation future, le mini-cycle de baisses des taux directeurs de la Fed devrait prendre fin, tout au moins marquer une pause jusqu’à nouvel ordre. J. Powell en dira-t-il davantage sur la suite ?

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Mme Lagarde prête à déployer des ailes de colombes jeudi prochain ?

Le cap fixé par les marchés et le consensus sur ce que fera la BCE cette année est relativement clair : quatre baisses d’un quart de point chacune, dont une première ce jeudi, ramèneraient les taux directeurs à 2 % dans le courant de l’année. Sur la décision de cette semaine, peu de doutes après le discours de Mme Lagarde à Davos, lequel soulignait la morosité de la conjoncture en zone euro et une inflation moins menaçante qu’aux Etats-Unis justifiant que la BCE se distancie de la Fed. Reste, néanmoins, la question de la suite qu’elle envisage pour 2025 et des indications que sa présidente sera prête à donner sur ce point lors de sa conférence de presse de jeudi. Mme Lagarde, confortera-t-elle des anticipations de marchés ou sera-t-elle sur la retenue, au point, peut-être, d’instiller le doute sur la justesse de ces dernières ? Les incertitudes sur les conséquences de la politique américaine, les tensions persistantes sur l’inflation en provenance d’Allemagne notamment, la faiblesse de l’euro semblaient jusqu’alors constituer des limites à un discours définitivement accommodant, dans la lignée de celui du 12 décembre. Le contexte a, toutefois, beaucoup évolué depuis deux semaines et les chances semblent nettement plus importantes que Mme Lagarde se montre résolument « colombe », quitte à ne pas avoir, in fine, les moyens de ses ambitions.

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Des PMI dopés par la réélection de Trump, sauf aux Etats-Unis, où les feux l’emportent

Les indicateurs PMI, en janvier, se sont redressés un peu partout, à l’exception de l’Inde et des Etats-Unis. Soulignée par les rapports de S&P, la réélection de D. Trump est saluée par une amélioration des perspectives manufacturières dans de nombreux pays. Difficile de s’emballer néanmoins, au vu des détails de ces enquêtes qui donnent peu d’éléments concluants sur l’activité et, souvent, révèlent un regain de tensions sur les prix. Mais la surprise vient surtout des PMI américains, en hausse dans l’industrie manufactuière, avec un retour à 50, pour la première fois depuis mars dernier, mais en net repli dans les services, où l’indicateur perd quatre points, à 52,8 points, son plus bas niveau depuis avril 2024. Manifestement, les incendies de Los Angeles ont une bonne part de responsabilité dans ce résutlat. Avec 14% du PIB américain, la Californie pèse notablement dans les résultats nationaux, en particulier pour la consommation de services pour laquelle elle occupe le premier rang national. Los Angeles à elle seule concentre un tiers du PIB de la Californie, de quoi, en effet, expliquer les mauvaises nouvelles récentes, qu’il s’agisse de la hausse des inscritpions au chômage depuis deux semaines ou du PMI des services aujourd’hui. La Fed n’en tiendra sans doute pas compte dans sa communication de la semaine prochaine, mais D. Trump pourrait lui en vouloir un peu plus… De fait, le dollar, en recul depuis les propos du président à Davos, se replie davantage.

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La BoJ n’a pas d’autre choix que de passer à l’acte

Comme un certain nombre d’autres banques centrales, la BoJ avait joué la temporisation en fin d’année dernière, dans un contexte d’incertitudes majeures à quelques semaines de l’investiture de D. Trump. Mal lui en a pris tant les mauvais résultats enregistrés depuis par l’inflation et les salaires nippons l’ont mise en défaut au prix d’une amplification des pressions à la baisse sur le yen particulièrement malvenue face au regain de tensions des prix du pétrole. Le verdict, de fait, aujourd’hui sans appel. Quoi qu’il en soit des menaces de guerre commerciale, la BoJ ne peut guère se contenter d’un statu-quo et a tout lieu de mettre à profit la fenêtre de tir que lui offre l’absence de hausses imminentes des droits de douanes américains à l’égard, notamment, de la Chine. Avec une vraisemblable remontée d’un quart de point, vendredi, les taux directeurs de la BoJ devraient retrouver leur plus haut niveau depuis la crise de 2008.

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