La Fed soigne son indépendance mais ne lève pas les incertitudes

Nous nous sommes trompés, l’arrivée de S. Miran à la Fed n’a pas changé la donne. La Fed a baissé ses taux d’un quart de point, à 4,25 %, ce qui peut être considéré comme un minimum face à la dégradation du marché de l’emploi de ces derniers mois, mais n’est pas allée au-delà de ce qu’autorisent les incertitudes sur la trajectoire de l’inflation. Sa décision semble donc raisonnable, tout comme ses projections, qui n’envisagent pas plus d’un demi-point supplémentaire de baisse des Fed Funds d’ici la fin de l’année, soit, a priori, deux mouvements consécutifs d’un quart de point chacun. Celles de 2026 et 2027 sont ajustées en conséquence mais conservent la ligne prudente du mois de juin, avec seulement un quart de point d’assouplissement additionnel chacune des deux années. Finalement le FOMC modifie à la marge son scénario, à hauteur de 25 points de base sur toute la période prévisionnelle et conserve son objectif de 3 % à long terme.
Préoccupé sur la tournure du marché de l’emploi, J. Powell l’est moins sur le taux de chômage, au vu de la faible croissance de la population active et des effets de la politique migratoire. Les prévisions de taux de chômage du FOMC ont, en l’occurrence, été révisées d’un dixième à la baisse, ce qui peut justifier sa prudence, avec, par ailleurs une révision à la hausse de deux dixièmes de son scénario de croissance et d’inflation pour l’an prochain.

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Ventes de détail et production américaine, « who cares » ? S. Miran débarque à la Fed

En août, les ventes de détail à prix courants ont progressé de 0,6 %, comme en juillet. Corrigée de l’inflation, leur hausse est un peu moins dynamique, autour de 0,2 %. Toujours est-il que ces données n’ont rien de particulièrement alarmant. Ajoutées à celles des prix des échanges extérieurs, elles ont même poussé la Fed d’Atlanta à réviser à la hausse sa projection de croissance pour le troisième trimestre, de 3,1 % à 3,4 % en rythme annualisé. La production manufacturière a, quant à elle, augmenté de 0,2 % pour rejoindre son plus haut niveau depuis l’automne 2022, un résultat que D. Trump devrait savourer. Alors, fausse alerte en provenance du marché de l’emploi et retenue de la Fed demain ? Cette dernière option ne convainc pas.

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Les prouesses technologiques ne font pas la croissance en Chine mais son rayonnement

Les changements et progrès de l’économie chinoise sont réels et indiscutables en matière scientifique, technologique et énergétique. Ils offrent au pays un réel avantage aux entreprises de l’Empire du Milieu que les bourses chinoises et hongkongaises commencent à en prendre en considération, mais ne doivent pas être confondus avec ses performances conjoncturelles. Ces dernières sont toujours sous l’emprise du surendettement et des surcapacités chroniques de production, qui entravent d’autant plus la croissance que la demande mondiale évolue peu et que la guerre commerciale produit ses effets nocifs.
De fait, les données de la nuit sont, une nouvelle fois, d’un bien mauvais cru. Les exportations avaient donné la direction la semaine dernière, les retours en provenance de l’industrie, de l’investissement et des ventes de détail, confirment, toutes, un sérieux coup de frein de la croissance économique du troisième trimestre, après un premier semestre de bonnes surprises. Sans doute faudra-t-il un certain temps avant que les investisseurs parviennent à appréhender ces contradictions d’une histoire éminemment différente de celle qui a fait la performance de l’indice Shanghai par le passé (voir à ce sujet notre présentation du mois de juillet et sa Retransmission vidéo) et qui, aujourd’hui, fait celle du Shenzhen Tech.

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Les non-dits de Mme Lagarde

La BCE a décidé le maintien de ses taux directeurs à l’issue de son conseil de politique monétaire. Rien de surprenant dans cette décision qui était largement anticipée. Cela n’a pas empêché les uns et les autres de suivre attentivement la conférence de presse de Mme Lagarde, compte-tenu de la complexité de la situation en présence, y compris en zone euro, des menaces que l’administration américaine fait peser sur l’indépendance de la Fed et des conséquences que ce risque pourrait avoir sur ses homologues, sur les perspectives d’inflation et sur le système monétaire international.
Perte de temps, Mme Lagarde n’a abordé aucun de ces points.

 

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Les mauvaises données du CPI américain ensevelies sous les inscriptions au chômage

Contrairement au mois dernier, c’est cette fois-ci du CPI américain que proviennent les déceptions, après des PPI plutôt réconfortants hier. En août, les prix à la consommation ont augmenté de 0,4 %, à raison de 0,3 % pour leur composante hors énergie et alimentation. Sur un an, l’inflation gagne deux dixièmes, à 2,9 %, soit une hausse de six dixièmes par rapport à son point bas d’avril. Sur les marchés, la publication simultanée des inscriptions hebdomadaires au chômage, en forte hausse, a néanmoins pris le pas sur la mauvaise nouvelle de l’inflation : les taux futurs américains ont, en effet, décroché sur toutes les échéances. Le message est clair : la Fed est censée donner plus d’importance aux mauvais retours du marché de l’emploi qu’à l’inflation, quand bien même cette dernière confirme l’évidence : la hausse des droits de douane fait monter les prix.

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Les taux de la Fed baisseront avec le PPI mais l’objectif d’une inflation à 2 % s’éloigne

En août, les prix à la production ont reculé de 0,1 % aux Etats-Unis par rapport à juillet, pour une hausse annuelle de 1,6 %, un demi point de moins qu’en juillet. Les prix de l’énergie se sont contractés de 0,4 % mais, pus important, ceux des services ont également reflué de 0,1 %. A première vue, et en attendant les prix à la consommation demain, ces données ne devraient pas faire obstacle à une baisse des taux de la Fed la semaine prochaine.

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Ni satisfécit ni marges de manœuvre pour la BCE dans l’attente de la Fed

L’avance prise par la BCE dans le cycle de détente monétaire devient-elle un handicap, aujourd’hui ? Toujours est-il qu’elle ne lui simplifie pas la tâche. Avec des taux directeurs à 2 %, la BCE a, a priori, fait le travail : ses taux réels sont, en effet, revenus à zéro, soit pour, ainsi dire, à la neutralité. Elle pourrait s’en satisfaire, comme le laisse d’ailleurs entendre sa posture récente et la pause initiée depuis le mois de juin, sauf que, la situation est nettement plus complexe :
1- Comme elle l’a souligné ces derniers temps, les mécanismes de transmission de sa politique monétaire ne sont pas satisfaisants. Si la croissance du crédit au secteur privé se reprend, son rythme est encore considérablement ralenti, en particulier au regard de la pentification de la courbe des taux d’intérêt produite par la division par deux des taux directeurs. Il est vrai que cette dernière n’a guère eu d’effets d’entraînement sur les taux à moyen et long terme, lesquels se sont sensiblement tendus, au contraire de ce qu’aurait dû produire l’assouplissement monétaire. Le fait n’est pas propre à la région mais commun à la plupart des économies développées à l’égard desquelles les investisseurs sont de plus en plus exigeants au regard de la devise des finances publiques, militaires notamment, et des incertitudes sur le front de l’inflation. Ces effets atténuent, évidemment, l’influence des initiatives monétaires sur la croissance économique.

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0,5 % de croissance au Japon, le cadeau de départ de Shigeru Ishiba

Acculé à la démission par ses revers électoraux depuis la fin d’année dernière, le Premier ministre japonais, S. Ishiba, a finalement cédé à la pression de son parti dimanche, après lui avoir fait perdre la majorité absolue au parlement lors du scrutin d’octobre 2024. Une nouvelle bien reçue par l’indice Nikkei, en hausse de 1,6 %, malgré les incertitudes politiques qu’elle laisse entrevoir. Un vote interne devrait en effet être organisé au sein du PLD (parti libéral démocrate), conservateur, pour désigner son successeur qui n’aura pas, davantage, de majorité au parlement.
Ce ne sont donc pas les conditions économiques qui ont fait flancher le premier ministre japonais, même si l’explosion des prix du riz en début d’année n’a pas arrangé les choses. Au contraire, le gouvernement, livré à lui-même par le durcissement de politique monétaire de la BoJ, a fait preuve d’un volontarisme décuplé pour soutenir son économie depuis quelques mois :
– Par des mesures d’aides aux ménages et aux entreprises, notamment dans les secteurs stratégiques des semiconducteurs ou de la défense.
– Par l’ouverture, certes tardive, des réserves stratégiques de riz, qui montre ses premiers effets sur l’inflation.
– Par la signature d’un accord de commercial avec les Etats-Unis.
Au deuxième trimestre, avant la conclusion de l’accord avec l’administration Trump, les efforts du gouvernement ont, semble-t-il, déjà porté quelques fruits. La croissance a atteint 0,5 %, révisée en hausse de deux dixièmes par rapport à la première lecture. La consommation des ménages a retrouvé un peu de vigueur et l’investissement des entreprises est resté soutenu, tout comme les exportations.
L’acquis de croissance pour l’ensemble de 2025 atteint désormais 1,3 %, soit plus de deux fois l’estimation publiée par le FMI en avril et l’accord commercial devrait permettre de limiter l’impact négatif des droits de douane américains sur la croissance du deuxième semestre. A plus long terme, le coût des initiatives budgétaires sur le niveau des taux d’intérêt à long terme constitue une épée de Damoclès sur les perspectives structurelles du pays, et au-delà sur les conditions de financement internationales.

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