Les réactions des marchés à l’échec de Mme Merkel à former une coalition semblent bien modérées au regard de ce que nous renvoie la situation en présence.
Que l’on soit ou non un fervent partisan de la gestion de Mme Merkel importe peu en comparaison de ce que la Chancelière incarne dans le paysage politique allemand : à savoir la seule candidate à même de réunir des partis politiques, comme partout, déchirés, et incapables de mener à bien une coalition solide sans laquelle l’Allemagne risque de se révéler ingouvernable. L’échec de Mme Merkel est donc synonyme d’instabilité probablement durable. Ni la perspective d’un gouvernement minoritaire ni celle de nouvelles élections que pourrait décider le Président de la république ne préfigurent, en effet, un possible retour au calme sous peu.
L’Allemagne n’est donc pas épargnée par le rouleau compresseur qui, ces dernières années, broie les politiques les uns après les autres laissant grandes ouvertes les portes aux extrêmes. Mais précisément parce qu’il s’agit de l’Allemagne, sans la volonté de laquelle le projet européen est voué à faire, au mieux, du sur-place, cette crise est plus préoccupante encore. L’Europe n’a pas le luxe du temps face à la crise économique en présence et à l’euroscepticisme rampant que cette dernière engendre. Elle n’a pas davantage de temps pour gérer les dossiers les plus chauds de son agenda, au premier rang duquel, le dossier Brexit.
Que les marchés financiers ne s’en émeuvent pas plus que cela aujourd’hui ne doit pas nous leurrer : l’échec des négociations de Mme Merkel a fait franchir à l’Europe un pas de plus vers l’inconnue de son destin car il n’existe pas de frontière entre la crise politique outre Rhin et ses ramifications européennes.