De la démondialisation économique à la dé globalisation financière, un peu de lecture

Si le sujet, encore relativement tabou, de la démondialisation économique ne fait plus véritablement débat, on lui oppose souvent l’argument d’une poursuite de la globalisation financière. L’importance des liquidités internationales, largement dopées par l’action des banques centrales, rend de fait assez difficile la démonstration d’une dé globalisation financière qui, logiquement, devrait suivre la démondialisation économique.

Les données de la Banque des Règlements Internationaux relatives à l’évolution des engagements internationaux des établissements bancaires offrent une certaine illustration de l’influence de la raréfaction des échanges mondiaux sur l’activité internationale des, ainsi qu’illustré ci-dessous.

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Un article de Bloomberg publié aujourd’hui offre un complément intéressant à cette lecture, à travers l’analyse de l’évolution des activités internationales des deux grandes banques, Citigroup et HSCB. Il décrit par ailleurs, la montée en puissance des activités bancaires de proximité dans bon nombre de pays, États-Unis et pays émergents notamment, assises sur les activités de « corporate & investment banking », avec toutefois cette caractéristique, de correspondre de moins en moins au concept d’activités de banque universelle…

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Source: Bloomberg

M. Draghi, répond discrètement à la question bancaire

Minimum syndical de la part de la BCE qui, sans surprise, n’annonce aucune mesure de soutien supplémentaire ; ni extension de la période de Quantitative Easing attendue par certains, ni aucune indication sur les mesures à l’égard des banques italiennes au sujet desquelles il laisse à la Commission Européenne l’initiative d’appliquer la législation existante.

Ce dernier point a clairement déçu, les valeurs bancaires qui s’étaient reprises en fin de matinée, rebaissent brutalement au fil de l’intervention du Président de la BCE.

Le vent a toutefois tourné lors de la séance des Q&A, durant laquelle M. Draghi a laissé entendre que la question bancaire serait plus claire après la publication la semaine prochaine des résultats des stress test sur les banques européennes. S’agissant du problème des banques, le Président a rappelé que l’action de la BCE avait permis de résoudre les problèmes de solvabilité et que les difficultés actuelles concernaient surtout la rentabilité, proposant trois pistes de solutions :

  • Le respect des règles prudentielles
  • Le développement d’un marché des créances douteuses
  • Enfin, l’action renforcée des gouvernements….

En d’autres termes, conformément à la décision de la Cour de justice européenne de ces derniers jours, Mario Draghi ne ferme plus la porte à une recapitalisation éventuelle des banques italiennes.

Les valeurs bancaires n’ont pas tardé à se ressaisir à ces propos qui, s’ils ne répondent pas totalement aux attentes, permettent néanmoins de croire en l’émergence d’une solution à venir.

En somme, une habile communication permettant de gagner du temps. 

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Statistiques US – une combinaison positive à court terme

Les données publiées aux Etats-Unis cet après-midi devraient être bien accueillies par les marchés, combinant à la fois:
  • de bons chiffres de ventes au détail, en hausse de 0,6% sur le mois, soit de 3,2% en glissement annuel (au lieu de 2,7 % en mai), avec notamment un rebond des achats hors auto de 0,7 %;
  • une faible progression de l’inflation, de 0,2 % seulement en juin, contre 0,3% attendu par le consensus, ce qui permet un maintien du taux annuel d’inflation à 1% en juin malgré une hausse de l’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) à 2,3%, contre 2,2% le mois dernier.
L’ensemble devrait être bien accueilli par les marchés actions qui verront dans ces données, à la fois la confirmation d’une amélioration effective de la situation conjoncturelle (les ventes de détail ressortent en hausse de 1,5 % au deuxième trimestre, au lieu d’une contraction de 0,3% au premier) et l’absence de pressions susceptibles de solliciter une hausse imminente des taux de la FED.
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Quoi qu’il en soit des tendances à plus long terme de la croissance américaine, les données de ces derniers jours conduiront vraisemblablement à un changement de visions des marchés, rouvrant en particulier la voie à une remontée des anticipations de hausse des taux avant la fin de l’année. Les marchés obligataires devraient marquer le coup et le dollar retrouver une tendance ascendante malgré le repli de l’Empire Ste Manufacturing, à 0,55 points contre 6,01 en juin.

Theresa May, S&P, emploi américain – Une combinaison temporairement plus porteuse pour les marchés européens

L’annonce de la nomination de Theresa May au poste de Premier Ministre en Grande-Bretagne est une première étape vers une nécessaire clarification et, en ce sens, une bonne nouvelle.

Quelles que soient les incertitudes, encore nombreuses, sur ce qui suivra, le remplacement de David Cameron dans un délai beaucoup plus court que prévu permet de tourner la page d’une des suites particulièrement préoccupantes du référendum qu’a été la cacophonie politique britannique depuis le 24 juin.

Par ailleurs, la détermination de Theresa May rassure. Mieux vaut, en effet, pour mener à bien le processus du Brexit une personne ferme et clairvoyante, qu’elle a le mieux incarné ces derniers jours.

Les négociations risquent de prendre du temps à s’ouvrir avec l’UE, l’enclenchement de l’article 50 du traité de Lisbonne n’étant pas prévue avant la fin de l’année. D’ici là, néanmoins, le plus probable est que Theresa May précise ses intentions et sa stratégie.

Cette première étape devrait contribuer à donner des points d’ancrage, jusqu’alors crucialement manquants.

L’annonce d’aujourd’hui est, au total, une bonne nouvelle, susceptible dans le contexte de ces derniers jours d’avoir une portée significative sur les actifs internationaux.

Si le regain d’optimisme à la suite du rapport sur l’emploi américain semble largement démesuré (voir à ce sujet Emploi américain : verdict le mois prochain), l’envolée du S&P au-dessus de ses points hauts historiques aujourd’hui ouvre la voie à un regain de confiance que les développements britanniques viennent incontestablement consolider.

Ces éléments réunis sont, dans l’ensemble, porteurs et devraient se concrétiser par un regain d’appétit pour le risque.

Si notre analyse de moyen terme du cycle des marchés mondiaux n’a pas changé, il y a dans les développements de ces derniers jours de quoi rassurer et permettre une récupération temporaire des marchés (sans oublier le Nikkei, soulagé par la dissipation des facteurs d’appréciation du yen).

Nous surveillerons particulièrement dans ce contexte :

– les premières déclarations de Theresa May et les réponses européennes à ce qui ressemble déjà à des propositions sur une version « soft » du Brexit.
– l’évolution de la situation en Ecosse
– les développements autour du dossier épineux des banques italiennes ainsi que ceux autour des sanctions de la Commission européenne à l’égard de l’Espagne et le Portugal (décision demain)
– enfin les statistiques américaines et l’évolution des anticipations d’inflation auxquelles la Fed restera très attentive.

Emploi américain – verdict le mois prochain

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Avec 287 000 créations nettes d’emplois en juin, le rapport officiel évacue les risques immédiats de détérioration accélérée de la conjoncture américaine mais n’apporte que peu d’informations solides sur les développements effectivement en cours.

Les chiffres du mois de mai ayant été revus à la baisse, à 11 000 au lieu de 38 000 initialement, l’instabilité de ces deux derniers mois oblige à la prudence. Sans doute a-t-on une meilleure appréciation en lissant ces données qui ressortent ainsi à 114 000 créations mensuelles au cours des trois derniers mois ou 147 000 au cours des six derniers, soit, quelle que soit la mesure, une décélération significative par rapport à l’année dernière ainsi qu’illustré par la baisse du taux de variation annuelle à 1,7 % au lieu de 2,1 % en moyenne en 2015.

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Si ces données sont incontestablement bienvenues, elles sont probablement insuffisantes pour insuffler un changement de la politique de la FED ou de ses intentions immédiates et mériteront d’être validées.

L’accélération des salaires est davantage en mesure de semer le trouble parmi les membres du board les plus préoccupés par le risque d’une FED en retard sur le cycle.

salaires US

La FED dans une logique de fin de cycle ?

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Les minutes du dernier FOMC de la FED sont on ne peut plus claires : la Fed est de nouveau préoccupée par le marché de l’emploi, globalement moins inquiète qu’au cours des derniers mois par les tendances inflationnistes et peu encline à relever le niveau de ses taux d’intérêt avant d’avoir les éléments de clarification sur les perspectives américaines. En d’autres termes pas de hausse à ce stade quand bien même les dissensions entre les membres du board n’ont pas totalement disparu. Ceci d’autant plus que la FED semble dorénavant se positionner dans une logique de fin de cycle ; une posture assurément nouvelle sur laquelle il convient de s’arrêter.

 

Enquêtes INSEE et PMI – de grosses épines dans le pied de la reprise française

Les résultats des enquêtes INSEE et PMI publiées ce matin ne sont pas bonnes. L’indicateur synthétique du climat des affaires INSEE est ressorti en baisse de deux points, à 100, sa moyenne de long-terme mais également son plus bas niveau depuis septembre, conséquence des replis simultanés des indices manufacturiers et des services. Par ailleurs, l’indice PMI synthétique a perdu 1,5 points à 49,4 sous le coup de la chute de 1, 7 points de l’indice des services et de celle d’un demi-point dans l’industrie. À 47,4, le PMI manufacturier s’installe sur un niveau récessif, quand l’indicateur de retournement de l’INSEE rechute à -0,37, sa plus forte baisse depuis 2013.

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Ces données sont à la fois décevantes et préoccupantes. Décevantes au regard des tendances récemment observées sur le front de la croissance et de la demande domestique ; inquiétantes compte-tenu de la tendance observée ces derniers mois dans l’industrie notamment. Reste néanmoins un doute sur les effets temporaires liés aux inondations et aux mouvements sociaux qui peuvent notamment expliquer le repli marqué des tendances prévues sur le front de l’emploi intérimaire dans les services, un domaine clé de l’amélioration du marché de l’emploi de ces derniers trimestres.

Il faudra patienter un mois de plus pour prendre la mesure des publications de ce matin.

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« Décevant et préoccupant », Janet Yellen prend la mesure du mauvais rapport sur l’emploi.

La Présidente de la Fed, Janet Yellen, fait marche arrière tout en évitant de jeter de l’huile sur le feu, se disant raisonnablement confiante sur les perspectives de l’économie américaine et sur la possibilité de relever le niveau des taux directeurs… à un terme qu’elle évite toutefois de préciser, rappelant que sa politique n’est pas prédéfinie et évoluera en fonction des développements économiques futurs. Elle souligne le caractère décevant et préoccupant des derniers chiffres sur l’emploi du mois de mai ainsi que ses interrogations sur quatre points essentiels de la conjoncture américaine :

  1. la résilience de la demande domestique ;
  2. l’impact des faibles gains de productivité sur le potentiel de croissance de l’économie, donc sur le niveau d’équilibre des taux d’intérêt ;
  3. l’environnement international de faible croissance et inflation dans lequel l’appétit pour le risque des investisseurs peut rapidement basculer, notamment dans le contexte du référendum sur le Brexit ;
  4. l’inflation au sujet de laquelle elle souligne l’affaissement de certaines mesures des anticipations de long terme.

Le message est clair : pas de hausse des taux en juin et sic « invalidation des tendances observées sur le marché de l’emploi avant d’envisager une remontée des taux ». À en juger par l’indicateur synthétique du marché de l’emploi, publié plus tôt dans la journée, la FED aura besoin d’un temps plus long que celui de l’été avant de reconsidérer cette hypothèse…

LMCI