L’inconnue pétrolière

L’objectif était parmi les principaux points de campagne de D. Trump en 2024 : diviser par deux les cours du pétrole pour redonner du pouvoir d’achat aux Américains. Le slogan « Drill, Drill, Drill » a ensuite été l’un des premiers clairons de sa victoire. Malgré tout, le nombre de forages a poursuivi son déclin et, si la production de pétrole brut s’est ressaisie depuis l’été dernier, c’est à peine d’un demi-million de baril par jour ; rien à voir avec les années fastes de la décennie écoulée.
Il est vrai que depuis son arrivée au pouvoir, les priorités de D. Trump ont évolué. Dans sa bataille pour la suprématie américaine de l’IA, l’électrique s’est imposé au premier plan de la politique énergétique américaine, à la faveur, surtout, d’une redécouverte du nucléaire. Les cours du pétrole n’ont, du reste, pas eu besoin des capacités américaines pour baisser. Légèrement supérieur à 70 $ le baril début novembre 2024, le WTI se traite aujourd’hui à moins de 60 $, soit, en termes réels, un niveau inférieur de quelques 16 $ à sa moyenne du quart de siècle écoulé. La hausse de la production des pays hors OPEP et de l’OPEP+, dans un contexte de faible croissance de la demande, ont amplifié les pressions à la baisse des cours et, a priori, la situation n’est pas sur le point d’évoluer. L’AIE estime à 1,9 mbj l’excédent moyen de l’offre par rapport à la demande pour 2025 et envisage un possible doublement de celui-ci pour 2026. Dans la mouvance de l’électrification de l’économie mondiale, les justifications pour envisager que les cours du pétrole flanchent ne manquent pas.

Reste la question de ce que ce mouvement signifierait par rapport aux autres matières premières, en particulier relativement aux métaux industriels dont les cours progressent à grand pas dans le sillage de l’envolée des métaux précieux. Rares sont les métaux, aujourd’hui, à l’écart de ce mouvement contre lequel peu d’arguments plaident en faveur d’une rupture de tendance. Une déconnexion persistante des cours du pétrole de ces derniers serait une nouvelle norme, aux conséquences économiques et géopolitiques significatives. Est-ce l’histoire qui se profile ? La réponse par la positive n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît.

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Shutdown, réforme fiscale, taux longs, or… l’imparable enchaînement

Les épisodes de Shutdown, on connaît. Même pas mal serait-on tenté de dire. Le discours est un peu simpliste face à une paralysie inédite de l’administration fédérale américaine et dans le contexte très particulier en présence où les investisseurs n’ont d’yeux que pour les développements autour de l’IA, au risque de passer à côté de l’essentiel, du reste bien peu renseigné.
Certes, les quelques publications macroéconomiques disponibles sont plutôt réconfortantes. Les indicateurs de climat des affaires tiennent. Mieux encore, ils se sont légèrement améliorés dans les services. Idem pour l’emploi si l’on en juge par les données de l’ADP. Il y a pourtant bien des raisons de douter des conclusions qu’on en retire.
D’abord, parce leur analyse détaillée peut suggérer une réalité nettement plus discutable, en particulier sur le front du marché de l’emploi. Ensuite parce que les retours en provenance du terrain ne sont pas franchement correspondants. L’inquiétude des Américains, déjà élevée avant même le Shutdown, est extrême comme signalé par l’indice Michigan et susceptible de monter plus vite au fur et à mesure du prolongement de ce dernier.
Par ailleurs, l’opacité gagne du terrain sur nombre de sujets, qu’il s’agisse des conditions conjoncturelles ou des risques plus sérieux que suggère le renouveau des tensions sur le marché monétaire, alors que les ponctions du financement du Trésor sont de plus en plus indigestes.
Enfin, parce que, derrière le budget 2026 au sujet duquel démocrates et républicains ne parviennent à s’accorder, c’est potentiellement la réforme fiscale de D. Trump qui pourrait être menacée. …

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En France, l’industrie marque des points… manque un coup de pouce aux ménages

Las en même temps que consternés par les développements politiques en cours, on en oublierait presque de s’arrêter sur la réalité économique de la France. Les données publiées ces derniers temps décrivent, pourtant, un panorama plutôt engageant qui, dans le contexte actuel, retient l’attention. Derrière la hausse surprise de 0,5 % du PIB du troisième trimestre se trouvent, en effet, de plus en plus d’éléments convaincants, lesquels même s’ils risquent d’être soumis à des décisions, encore inconnues, qui constitueront peut-être le budget 2026, rassurent sur la situation et les perspectives hexagonales.
Les publications estivales avaient déjà mis la puce à l’oreille sans être, toutefois, suffisantes. Les dernières informations le sont nettement plus, pour ce qui est, du moins, de la conjoncture industrielle, avec ce constat assez largement inattendu : depuis le début du mois de septembre, la France semble la première source d’amélioration du climat des affaires en zone euro.

Que penser dès lors des changements de politique économique qui se profilent ; pourraient-ils remettre en cause ces tendances ou ces dernières sont-elles suffisamment solides pour y faire face ? Le diagnostic est assez sensiblement différent selon que l’on observe l’industrie ou les services, l’activité industrielle ou celle des ménages, et permet de mieux cerner les risques assortis à l’élaboration du budget 2026.

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Les cours de l’or et le consentement inflationniste

En 1980, Karl Otto Pöhl, alors président de la Bundesbank, avait comparé l’inflation à de la pâte dentifrice, qu’il était impossible de faire rentrer dans son tube une fois qu’elle en était sortie. Mal absolu depuis le premier choc pétrolier, l’inflation était devenue la bête noire des responsables économiques. Les temps ont changé. Derrière l’engagement affiché par les banquiers centraux pour prévenir toute résurgence inflationniste depuis les débordements post-covid de 2022-2023, se profile une certaine indulgence à l’égard de l’inflation. Il y a plusieurs explications historique, générationnelle et circonstancielle à ce changement.
La première est historique.
La seconde est générationnelle.
La troisième est circonstancielle…

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L’Inde, délaissée par des investisseurs plus sélectifs qu’ils ne paraissent

Après deux années au cours desquelles les marchés indiens ont gravi le haut du podium mondial, le vent a subitement tourné en septembre 2024, quelques mois après la réélection de Narendra Modi à la tête du pays et quelques semaines avant celle de D. Trump aux Etats-Unis. Au cours des douze derniers mois, le léger déclin du MSCI indien le place aux derniers rangs de la performance des principaux marchés, lesquels ont progressé de 15 % au niveau mondial, de 18 % dans pays émergents et de 32 % dans les seuls pays frontières. Si l’avance prise les deux années antérieures n’a pas été totalement effacée, elle s’est néanmoins considérablement réduite, tandis que les indices indiens sont laissés à l’écart du mouvement de reprise dont profite la majorité des pays émergents depuis le printemps.
Désamour passager après l’ivresse passée ou question plus fondamentale ?

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Présentation du 02/10: Peut-on encore se projeter à long terme… et vers quels scénarios ?

Alors que nous avons les yeux rivés sur l’actualité politique et économique immédiate, les marchés des précieux et des taux d’intérêt nous renvoient aux enjeux de long, voire de très long terme, au sujet desquels les économistes n’osent presque plus de se positionner face aux bouleversements en cours.

Il est faux, pourtant, de penser que nous pouvons nous exonérer de cette analyse. Avérées ou démenties, les projections de long terme sont autant de forces de rappel qui influencent déjà les comportements économiques et les évolutions des marchés financiers.

Oser l’exercice prospectif semble plus utile que jamais pour remettre au cœur de la réflexion les principaux enjeux et tenter d’en tirer les enseignements. C’était l’objet de notre présentation trimestrielle de ce jeudi.

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Les accords commerciaux finiront-ils par transformer l’Europe en une passoire ?

Dans le monde tel qu’il évolue, l’axe libre-échangiste de l’Union européenne interroge. Les accords de partenariat conclus ces dernières années ne se comptent plus et le temps dédié à l’aboutissement de ces derniers occupe une large part de celui des responsables politiques de l’UE. À quelles fins, pour quels bénéfices et, le cas échéant, au prix de quels renoncements ?
L’accord de libre-échange conclu cette semaine avec l’Indonésie n’échappe pas à ces interrogations. Premier pays d’Asie du Sud-Est par sa population de plus de 280 millions d’habitants, l’Indonésie est, toutefois, loin de s’imposer spontanément aux premiers rangs des cibles commerciales d’envergure pour les exportateurs européens. Pays à bas niveau de revenu et faible croissance, son développement profite surtout aux produits chinois, face auxquels les Européens auront, quoi qu’il en soit, du mal à s’imposer.

L’Indonésie n’est pas, non plus, des plus diversifiées à l’exportation, ces dernières vers l’Europe sont majoritairement constituées d’huile de palme, aux méfaits environnementaux reconnus. Elle se caractérise, par ailleurs, par son rôle de plaque tournante du commerce régional de la Chine, renforcé depuis 2010 par un accord de partenariat stratégique, incluant l’Australie, à l’égard de laquelle elle a resserré ses liens en matière de défense l’an dernier. Quant à ses ressources naturelles, le nickel et le charbon dont elle dispose en abondance, elles intéressent de longue date la Chine…
Comment, dès lors, aborder l’accord de cette semaine ? Pékin y voit une stratégie hostile à son propre développement dans le monde émergent. Difficile, de son point de vue, d’observer les choses différemment, quand bien même une logique géostratégique européenne beaucoup plus profonde et légitime pourrait y être opposée. La question concerne néanmoins la finalité des choix européens et leur coût potentiel pour les producteurs régionaux. A vouloir jouer la corde du multilatéralisme comme elle le fait, l’UE joue-t-elle forcément la bonne carte pour son avenir ?

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De la disparition du statut d’actif sans risque à l’appétit pour les obligations privées

Les habitudes ont la vie dure et la référence n’est pas près de disparaitre de sitôt des règlementations, référentiels et réflexes d’arbitrage. Voilà bien longtemps, pourtant, que la notion d’actif sans risque ne correspond qu’à une réalité toute relative, que les épisodes de crises souveraines des lendemains de la crise financière de 2008 auraient dû balayer. La protection offerte par les banques centrales a, toutefois, permis d’entretenir l’illusion, du moins les faux-semblants, avant que les crises des cinq dernières années approfondissent le travail et érodent plus sérieusement le statut d’actifs sans risque des obligations souveraines d’un grand nombre de pays.
Si le diagnostic n’est pas encore totalement admis, et pour cause, force est de reconnaître que nombre de signaux clignotent de manière plus ou moins aigüe dans cette direction : perte de contrôle des dettes publiques, enflement des primes de terme, envolée des taux de financement à très long terme, fragmentation du marché. Parmi les conséquences, nombreuses et encore largement hypothétiques, de ces changements, l’écrasement des primes de risque traditionnellement assorties au financement des entreprises par rapport à celui des États en dit long sur les mutations en cours.

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