BMG octobre 2023 – Un momentum enfin plus encourageant

Notre baromètre global reprend des couleurs en octobre. Certes, l’amélioration est principalement américaine, pour autant notre baromètre de l’activité regagne un peu de terrain dans tous les pays sous revue, hors Chine. Pour la première fois depuis longtemps, nos perspectives ressortent également en hausse. En l’absence de choc en provenance du Moyen Orient, la forte baisse de l’inflation semble commencer à porter ses fruits.

En octobre, notre baromètre d’activité stagne à 0. Les indices des climats des affaires et des exportations persistent en territoire positif et celui de la consommation ne quitte pas la zone négative. L’investissement passe de la zone négative à neutre. Par pays, les Etats-Unis restent largement en tête, loin devant la zone euro et le Japon, tandis que la Chine est toujours la région la plus déprimée. Notre baromètre d’inflation poursuit sa baisse, à -0,7 après -0,5, avec la totalité des régions en zone négative.

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La FED crée la surprise : plus qu’un statu quo, J. Powell passe en mode pause

Comme largement anticipé et pré-annoncé par J. Powell il y a deux semaines, la FED a laissé inchangé le niveau des Fed Funds, à 5,25 %-5,50 %. Restait néanmoins les incertitudes sur la manière dont elle verrait les choses pour la fin de l’année et au-delà, après une série d’information plutôt contrariantes. C’est là qu’elle surprend. Malgré un début de communiqué plutôt hawkish « les indicateurs récents suggèrent que l’activité économique a progressé à un rythme soutenu au troisième trimestre. Les créations d’emplois ont ralenti depuis le début de l’année, mais restent fortes, et le taux de chômage est resté faible. L’inflation reste élevée. Le système bancaire est solide et résilient… », c’est sur la suite que J. Powell va construire un argumentaire nettement moins agressif, en l’occurrence, sur les effets encore à venir d’un haut degré de restriction monétaire sur les ménages et les entreprises. La Fed considère, manifestement, que le resserrement monétaire est dorénavant suffisant pour continuer à infuser ses effets sur l’emploi et l’inflation futurs et ses critères d’appréciation évoluent. La remontée des taux longs n’y est pas pour rien, quand J. Powell mentionne bon nombre de risques sur les perspectives, dont un possible shutdown de l’administration. Mais c’est sur une possible amélioration du potentiel de croissance de l’économie américaine qu’il appuie, surtout, son raisonnement, ce qui le conduit, notamment, à minimiser l’importance du bas niveau du taux de chômage sur l’inflation.

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Dans l’inconfort de la FED, un FOMC pour rien

Le 19 octobre, moins de deux semaines après l’éclatement du conflit entre Israël et le Hamas, J. Powell s’est montré particulièrement prudent devant le Club économique de New York. Face à la montée des risques géopolitiques et aux difficultés à déchiffrer les tendances de la conjoncture américaine, son message était clair : la FED se devait d’agir avec précaution et prolongerait son statu quo le 1er novembre. Son intervention a, de facto, conduit à la quasi-disparition des anticipations d’une nouvelle hausse des Fed Funds d’ici la fin de l’année, en dépit des projections du FOMC d’un mois auparavant.

Le cycle de hausse des taux semblait donc avoir touché son terme et, quand bien même, les marchés avaient intégré qu’une baisse des taux ne serait pas immédiate, ils se mirent en ordre de marche, favorisant l’anticipation d’une réduction progressive des Fed Funds à partir de l’été 2024, qui permit une stabilisation des taux à 10 ans. Sauf que depuis, ni le conflit dans la bande de Gaza ni les données économiques n’ont apporté d’eau au moulin de J. Powell. Malgré les tensions croissantes, le conflit ne représente pas un risque imminent pour l’économie américaine à ce stade et, côté conjoncture, la robustesse de la croissance ne cesse de surprendre. Or, les résultats sur le front de l’inflation appelleraient, à l’évidence, une plus grande réserve que celle exprimée par J. Powell il y a deux semaines… La tâche ne sera donc pas des plus évidentes ce mercredi, la FED risquant soit de prendre les marchés à revers en contredisant les dires de son président, soit de paraître trop laxiste, ce qui pourrait in fine se traduire par un exercice de grand style, sans réelle direction, histoire de gagner du temps d’ici au prochain FOMC de décembre.

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Les données de la matinée toujours bien médiocres accentuent le repli des taux

Les données publiées ce matin ne vont pas dans le sens d’une amélioration de la conjoncture mondiale :
– Les PMI chinois se sont de nouveau repliés : l’espoir, minime, suscité par le PIB du troisième trimestre aura été de courte durée.
– La BoJ a laissé ses taux inchangés mais a, de nouveau, assoupli sa politique de contrôle de la courbe des taux face aux tensions persistantes sur les taux à 10 ans, le yen décroche.
– En France, le PIB a progressé de 0,1 %, après 0,6 % au deuxième. Hors stocks, la croissance est cependant meilleure qu’au printemps avec une nette décrispation du côté des consommateurs.
– En zone euro, le PIB s’est replié de 0,1 %, comme en Allemagne. Sur un an, la croissance n’est que de 0,1 %.
– Seul réconfort, l’inflation en zone euro est passée sous les 3 %, grâce, notamment, aux puissants effets de base énergétiques à l’œuvre dans la plupart des économies de la région.
– Ce repli de l’inflation finira-t-il par être plus porteur pour les consommateurs ? Tel n’est pas le cas pour l’instant en Allemagne où les ventes de détail se sont repliées de 0,8 % en septembre après déjà trois mois de baisse de 0,9 % par mois en moyenne.

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L’inflation allemande reflue, le PIB aussi mais moins qu’auparavant…

En attendant les données pour la zone euro, dévoilées demain, l’Allemagne a publié la première estimation de son PIB du troisième trimestre et de son inflation pour le mois d’octobre. Sans surprise, le PIB allemand s’est légèrement contracté, de 0,1 % au troisième trimestre. En revanche les estimations du début de l’année ont été révisées à la hausse, effaçant de facto la récession qui ressortait des données précédentes. La situation n’est pas brillante pour autant, juste moins pire. Quant à l’évolution des prix, elle reste dominée par les effets de base, notamment énergétiques, qui la font passer de 4,5 % à 3,8 %, à l’instar de ce que devraient être les résultats du mois d’octobre pour l’ensemble de la zone euro attendus demain.

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Pas de fausse note du côté du PIB américain, en hausse de 4,9 % !

Au troisième trimestre, le PIB américain a progressé de 4,9 % r.a., soit 1,2 % en rythme trimestriel. Bien que largement attendu, un tel résultat est particulièrement rare hors périodes de sorties de récession, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Plus surprenant encore, ce chiffre est publié dans un climat d’inquiétude persistante sur la capacité de l’économie américaine à digérer le choc d’un resserrement exceptionnel des conditions monétaires. La Fed de New York, par exemple, continue d’estimer la probabilité de récession à douze mois à 56 %. En bref, l’économie américaine semble toujours particulièrement robuste sans parvenir à convaincre. Pour autant, l’acquis de croissance pour 2023 est d’ores et déjà à 2,3 %, identique à celui du glissement annuel pour la fin d’année, et au-dessus de la dernière prévision de la FED, de 2,1%

Certes, la hausse des stocks a contribué à hauteur de 1,3 point r.a. à celle du PIB et la consommation, en progression de 4 % r.a., a profité, vraisemblablement, du succès d’événements culturels de l’été, mais les raisons de s’interroger sur la capacité de l’économie américaine à rester à flot sont plus nombreuses et, surtout, plus profondes. Ces bons résultats cachent, en effet, d’importantes distorsions parmi les consommateurs, une insensibilité de façade du marché immobilier, artificiellement soutenu par les transactions des plus aisés, et une action publique que les données des comptes nationaux renseignent mal, quand bien même les dépenses militaires ressortent en hausse de 8 % r.a. au troisième trimestre.

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Mme Lagarde : « we are holding »

Le ton du communiqué de la BCE a préparé le terrain avant la conférence de sa présidente: ne laisser transparaître aucun élément susceptible de laisser place à la formation d’anticipations d’un possible assouplissement de la politique monétaire à venir. Cet objectif implique une posture bien calculée. Ainsi, au lieu de se satisfaire des résultats sur l’inflation, en forte baisse et amenée à suivre sa tendance des mots même de Mme Lagarde, cette dernière choisit d’insister sur son niveau encore trop élevé et sur la ferme intention de la BCE de la ramener à 2 %. Par ailleurs, plutôt que de souligner de quelconques préoccupations sur la croissance, dont elle reconnait, là encore, que la transmission monétaire jouant pleinement son rôle, les perspectives se détériorent, la présidente de la BCE préfère souligner l’effet supposé salvateur à venir de la baisse de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages…

Jusque là, le discours est assez aisé. Le degré de confort baisse, cependant, assez notablement lorsque Mme Lagarde commente les résultats de l’enquête BLS auprès des banques et le durcissement des conditions de crédit qui en ressort. Interrogée sur ce point, elle insiste : la transmission de la politique de la BCE est forte, en particulier dans le secteur bancaire, ce qui affecte le crédit, pas seulement du fait d’une réduction de la demande, mais parce que les banques referment le robinet. Les entreprises s’en ressentent et l’immobilier aussi.

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Stand-by tout court ou un brin dovish pour la BCE ?

En même temps qu’elle avait relevé ses taux directeurs à 4,25 % en septembre, la BCE avait clairement laissé entendre que cette dixième hausse du cycle entamé en juillet 2022 serait suivie d’une pause. Le niveau des taux et les mécanismes de transmission de la politique monétaire étaient jugés suffisamment restrictifs pour assurer un reflux de l’inflation vers l’objectif souhaité, quand bien même, à un horizon un peu plus lointain qu’envisagé en juin. Ce message, réconfortant, avait toutefois été accompagné d’un discours très vigilant visant principalement à prévenir la formation d’anticipations d’un possible assouplissement de sa politique, vouée à rester durablement restrictive.

Le repli de l’inflation et la détérioration des perspectives conjoncturelles observés depuis ont tout lieu d’avoir conforté son choix. La BCE pourrait donc se contenter de réitérer son message en attendant son prochain comité de décembre qui sera également l’occasion de publier la mise à jour de son scénario trimestriel. S’arrêtera-t-elle là ? La question se pose face aux inquiétudes que suscite le conflit israélo-palestinien et, peut-être plus encore, face à la rapide remontée des taux d’intérêt à long terme sur fond d’écartement des spreads intra-européens. De là à ce que la BCE infuse son discours de petites pointes plus colombes il n’y a qu’un pas que, sauf la fragilité de l’euro, elle pourrait être tentée de franchir au vu de la situation souveraine.

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