Pétrole et euro, c’est parti !

Le rebond des cours du pétrole de ces trois derniers jours et celui de l’euro depuis 24 heures prennent une allure exceptionnelle. Le baril de Brent a repris 8 dollars depuis vendredi dernier, soit une augmentation de 16%. Le cours de l’euro a pour sa part rebondi de 1,13 USD lundi à quasiment 1,15USD mardi soir.
Petrole et euro
Ces mouvements sont-ils durables et jusqu’où peuvent-ils nous conduire?
Nous reprenons et commentons ci-dessous les paragraphes rédigés dans le cadre de la mise à jour de notre scénario 2015 sur ces deux points.
 » Les cours du pétrole pourraient avoir atteint leur point bas ces dernières semaines mais à quel niveau peut-on envisager le prix du baril pour les prochains trimestres ? 

L’amélioration des perspectives de croissance mondiale et l’effet graduel de la chute des prix sur l’offre de pétrole semblent simultanément en mesure de stabiliser les cours dans les prochaines semaines. Nous n’envisageons cependant pas de retour vers les niveaux de 100 $ le baril à horizon prévisible, ceci pour trois raisons principales : 

  • L’environnement de très faible inflation persistante à l’échelle mondiale,
  • L’absence d’amélioration dans les pays émergents les plus influents,
  • La reconsidération des perspectives de long terme de demande mondiale impactées par les moindres performances attendues du monde émergent.

Une stabilisation des cours du Brent dans un canal compris entre 50 et 65 dollars, contre 46 $ dollars aujourd’hui, nous semble, à ce stade, le scénario le plus vraisemblable. Le pétrole retrouverait ainsi des prix comparables à ceux du milieu des années deux mille. « 

Notre analyse n’a pas changé sur ce point. Que le mouvement  de remonté soit brutal dans un premier temps n’est pas surprenant tant la chute avait été violente. Pour autant, il semble bien qu’il faudra une évacuation du risque déflationniste avant de pouvoir envisager des cours supérieurs à notre scénario. Nous n’y sommes pas. A ce stade, le rebond du pétrole ressemble davantage à une correction d’ordre technique qui ne ferme pas la porte à un risque de nouvelle correction baissière au printemps si l’environnement inflationniste tarde à se normaliser. 

Scenario petrole

« L’euro à la croisée des chemins 

Après une chute exceptionnelle déclenchée par la perspective d’un assouplissement quantitatif de la part de la BCE, plusieurs éléments militent en faveur d’une stabilisation de la devise européenne.

Le premier, tient à l’ampleur de la baisse déjà enregistrée, soit 20 % au cours des neuf derniers mois face au dollar américain et 11 % en termes effectifs contre un panier de 38 devises. Un tel mouvement de dépréciation est considérable pour une région dont l’excédent courant dépasse 250 milliards d’euros par an (2,5 % du PIB).

Le deuxième, vient de l’amélioration des perspectives de la zone euro qui, bien que sans effet sur les anticipations de politique monétaire de la BCE dont on connaît dorénavant l’évolution minimum du bilan pour les prochains six prochains trimestres, est susceptible de stimuler quelque peu les entrées de capitaux.

Le troisième, tient à l’instabilité des changes que préfigure l’environnement des pays émergents et dont on peut envisager qu’il s’accompagne à un moment donné d’un report sur la devise européenne. 

Le dernier, enfin, vient de la correction des anticipations sur les politiques monétaires des pays industrialisés, la Fed et la BCE en particulier, dont on voit mal comment elles pourront procéder à l’enclenchement d’un cycle de resserrement monétaire d’ici la fin de l’année, comme les marchés continuent de l’envisager.

L’ensemble plaide plutôt pour une stabilisation de l’euro sur des niveaux légèrement supérieurs à ceux atteints ces derniers jours, dans une fourchette de 1,15 USD à 1,20 USD d’ici au milieu d’année, potentiellement légèrement supérieur au second semestre, le principal risque assorti à ce scénario semblant concentré, à brève échéance, sur la tournure que prendra la gestion du dossier grec. » 

Notre analyse n’a pas changé. 

– Le risque mentionné sur la gestion du dossier grecs s’étant nettement réduit ces dernières 24 heures, la correction sur le front du taux de change de l’euro peut se poursuivre. Une remontée aux environs de 1,18USD semble très rapidement accessible et devrait ouvrir la porte à un retour, plus graduel, vers 1.20USD. 

Scenario euro

De l’eau dans le gaz de la croissance américaine

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Entre les déceptions sur la croissance du PIB du quatrième trimestre, la contraction des dépenses des ménages et des commandes de biens durables en décembre et le repli de l’ISM manufacturier en janvier, les résultats de l’économie américaine déçoivent.

Au-delà de l’aléa conjoncturel, que retenir de ces différentes informations ?

Bataille des changes, l’Australie passe à l’acte

L’Australie était sur la liste des possibles sources de surprise cette semaine (voir notre hebdo). C’est chose faite avec la baisse d’un quart de point des taux directeurs à 2,25%. S’il n’y avait pas d’urgence à ce que la RBA passe à l’acte dès ce mois-ci, il ne faisait que peu de doute qu’elle y penserait sérieusement. Les données chinoises de ces derniers jours ont-elles pesé dans la balance ? C’est possible mais les perspectives de fort repli de l’inflation et l’appréciation du taux de change justifient à elles seules cette décision.
Le dollar australien a réagi en conséquence, en repli de 2% dans les minutes qui ont suivi l’annonce, les taux à terme se sont écrasés et le marchés des actions a rebondi, l’indice S&P ASX renouant avec un plus haut depuis le printemps 2008.
A ce jeu là tout le monde ne pourra pas gagner cependant. L’instabilité des marchés des changes internationaux est une source d’incertitude grandissante pour les marchés asiatiques et les entreprises internationales.
A surveiller maintenant, la gestion du yuan par la PBOC. La devise chinoise a touché son plus bas niveau depuis le 1er mai de l’année dernière et pourrait bien franchir une nouvelle marche d’escalier à la baisse dans les prochains jours, un mouvement qui ne manquera pas d’intensifier la fuite en avant des banques centrales dans la région.

À vos amarres, les prochains sur la liste sont l’Australie, le Royaume-Uni, la Pologne et plus…

Télécharger l’hebdo

Dans le sillage de la chute des cours du pétrole, l’écrasement généralisé des taux d’inflation, à partir de niveaux déjà bas, sème la pagaille du côté des banques centrales. Depuis le début du mois de janvier, pas une des réunions régulières de leur comité respectif n’a pas donné lieu à une surprise ou à l’expression d’une rare indécision sur l’orientation monétaire à venir. La valse des taux de changes qui s’ensuit n’est pas propre à calmer le jeu. Les plus inquiets dégainent pour se prémunir contre une appréciation de leur devise susceptible d’accentuer le risque de déflation ; les moins prompts à changer leur fusil d’épaule mettent de l’eau dans leur vin… L’ensemble fait tache d’huile, se soldant, par un repli généralisé des taux d’intérêt et une rare instabilité sur les marchés des changes internationaux.

Dans un tel contexte, mieux vaut ne pas rater une réunion de comité monétaire, aussi lointaine soit-elle. La semaine prochaine six de celles-ci se tiendront : en Inde et en Australie, mardi, l’Inde ayant toutefois déjà procédé à une baisse surprise de ses taux directeurs par avance le 15 janvier, en Islande et en Pologne, mercredi, en Angleterre et en République Tchèque, jeudi….

Scénario 2015. 3 – L’allocation d’actifs en mode zéro inflation

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Depuis la première publication de notre série de trois articles sur le scénario 2015, il y a deux semaines, les marchés financiers n’ont guère connu de répit. L’Eurostoxx a bondi de quelques 8,5 %, le MIB italien s’est envolé de plus de 11%, l’indice suisse s’est replié de 9 % ; la valeur moyenne de l’euro s’est affaissée de 5 % quand le franc suisse s’est apprécié de 16 %…

Conséquence d’une très grande complexité de l’environnement économique et financier sur fond d’hyper abondance de liquidités, la nervosité ne semble pas prête de nous quitter. Car, si la simultanéité de la chute des prix du pétrole, de l’euro et de l’inflation mondiale est indiscutablement porteuse d’espoirs, notamment dans le cas de la zone euro, les signes de fatigue du marché américain et l’instabilité grandissante des marchés des changes internationaux ne sont pas engageants.

Dès lors, si l’abondance de liquidités entretient l’appétit pour le risque, il faudra une certaine agilité pour passer entre les portes de saloons que les déplacements intempestifs des flux ne manqueront pas d’huiler.

Points clés de notre stratégie d’investissement

  • L’euro stoxx franchit le cap de 3 550 points rapidement, s’essouffle ensuite
  • Les facteurs de fragilité se multiplient aux États-Unis
  • L’instabilité des pays émergents tire les indices mondiaux à la baisse
  • Le marché européen surperforme – préférence pour les valeurs « domestiques », prudence sur les industrielles, réticence persistante sur les valeurs bancaires
  • Le pétrole approche ses points bas mais ne remonte que lentement
  • Les risques déflationnistes perdurent au moins jusqu’en milieu d’année
  • La Fed ne remonte pas ses taux en 2015
  • Les taux d’intérêt refluent partout, les spreads européens se resserrent
  • L’euro se stabilise au-dessus de 1,15 USD

UNE année de patience

Sans surprise la Fed réitère le besoin d’être patient en dépit de l’amélioration incontestable de la situation domestique américaine. Comment pourrait-elle faire autrement avec une inflation en chute libre, amenée à basculer sous peu en territoire négatif, sous le seul effet de la chute des cours du pétrole?
De la patience il lui en faudra à en juger par nos estimations d’une inflation annuelle comprise entre -0.3% et -0.5% au deuxième trimestre de cette année, qui plus est, peu à même de revenir au-dessus de zéro pourcent avant le quatrième trimestre.
Des lors, même un taux de chômage inférieur à 5%, comme nous le prévoyons à partir du printemps, risque de ne pas suffire à justifier une quelconque remontée de ses taux d’intérêt. Sauf dérapage, improbable, des salaires, c’est à une année de statu quo qu’il faut donc s’attendre du côté de la Fed… Un effet du contre choc pétrolier que les marchés actions pourraient ne pas apprécier mais qui continuera vraisemblablement à pousser plus bas encore les niveaux des taux longs.

Singapour ouvre le bal de la bataille des changes en Asie du sud-est

C’est une des conclusions centrales de notre scénario : l’année 2015 sera celle de tous les dangers sur les marchés des changes, en premier lieu en Asie du sud-est.
Cette conclusion vient du constat suivant:
– un environnement de trop faible inflation amené à dégénérer en inflation négative dans le sillage du contrechoc pétrolier durant la première moitié de cette année,
– une appréciation des taux de changes effectifs de la région aggravée par la chute du yen depuis deux ans et celle de l’euro récemment.
Résultat, les banques centrales, à l’image de la BCE sont aux abois et devraient actionner des assouplissements en cascade au cours des prochaines semaines.
La décision de la Banque centrale de Singapour relève de ces préoccupations et a eu, comme dans le cas du Canada il y a peu, pour effet de faire chuter la devise locale.
L’ensemble promet une instabilité croissante sur les marchés des changes susceptible d’être d’autant plus rapide que la Chine a repris la direction d’une dépréciation du yuan… Difficile dès lors d’imaginer que la Banque du Japon ne revienne pas à son tour sur le front d’ici peu.
Tout ceci n’est guère rassurant et confirme notre sentiment sur les risques assortis à la politique de la BCE et à la chute de l’euro qui en a résulté. Voir à ce sujet notre dernier Humeur du Vendredi « Après l’heure, est-ce encore l’heure« 

L’investissement américain à la peine

Le nouveau repli des commandes de biens durables enregistré en décembre aux Etats-Unis confirme les craintes que nous avons développées dans notre publication récente, à savoir celles d'un risque de déceptions récurrentes sur le front de l'investissement dans un contexte de très faible inflation (voir à ce sujet "Scénario 2015.2-Plus de croissance réelle, pas forcément nominale").
Dans le cas américain deux facteurs sont en outre susceptibles de limiter l'effort d'investissement des entreprises :
1- une certaine usure cyclique au terme de cinq années de reprise particulièrement chiches en gains de productivité
2- l'impact négatif de la chute des cours du pétrole sur le secteur de l'extraction.
Si les chiffres présents ne sont pas outre mesure inquiétants pour la croissance immédiate, ils posent clairement la question de la possibilité d'une amélioration durable des perspectives économiques.