- Les créations d’emploi du secteur privé sont nettement moins solides en août que celles de l’ensemble de l’économie, en hausse de 113 000 seulement, après 217 000, soit de 1,9% sur un an, leur plus faible progression annuelle depuis le début 2013.
- La croissance des salaires, qui s’était légèrement accélérée ces derniers temps, retombe à 0,1% en août, ce qui correspond à une décélération en glissement annuel de 2,7% à 2,4%. Si les coûts salariaux unitaires publiés hier ont décrit une situation tendue, ce n’est donc toujours pas du fait des rémunérations mais bel et bien à cause du déclin des gains de productivité. Dans un contexte où les entreprises ont peu de pricing power pour répercuter les hausses de coûts dans leurs prix de vente, on peut voir dans ce facteur un élément déprimant plutôt qu’inflationniste auquel la FED devrait être sensible.

- Le taux de participation reste inchangé sur le bas niveau de 62,8%. Sur ce point toutefois, le regain de créations de postes des deux derniers mois a commencé à porter ses fruits, faisant en particulier remonter le taux de participation des jeunes de 25 à 34 ans sur un plus haut depuis octobre 2012. L’histoire récente montre toutefois que les choses peuvent, sur ce front, se défaire très vite. Il faudrait assurément plus de résultats pour convaincre d’un marché de l’emploi définitivement plus efficient.
- Enfin, la durée hebdomadaire du travail décline à nouveau, les dernières statistiques intégrant une révision des chiffres antérieurs qui indiquaient une légère reprise en juillet. Cette dernière statistique constitue traditionnellement un indicateur avancé très fiable de l’emploi, elle fait également partie des indicateurs privilégiés par les économistes américains en matière de signal récessif.

Archives par catégories : Sur le vif
Jackson Hole ou quand les banquiers centraux appellent les gouvernements à la rescousse
Après huit années de politiques monétaires tout aussi inédites qu’infructueuses, les banquiers centraux s’affolent. Si leurs initiatives ont, certes, permis d’échapper à la dépression, c’est au prix d’une reflation extravagante des prix d’actifs qui aujourd’hui retire aux banques centrales toute liberté d’action, détourne les capitaux de l’économie réelle et alimente un creusement des inégalités aux conséquences de plus en plus significatives sur le potentiel de croissance des économies développées. La politique unijambiste de ces dernières années, c’est acquis, est inefficace, risquant, si elle s’enferre dans la logique en présence, de préparer le terrain d’une nouvelle crise financière internationale, à terme.
La meilleure nouvelle de ce matin se lit dans le PMI-services français
A very bad trip ! La croissance annuelle des États-Unis, inférieure à celle de l’UEM pour la 1ère fois depuis 2010.
C’est peu de dire que l’économie américaine déçoit au deuxième trimestre, avec une croissance de seulement 1,2 % en rythme annualisé, soit un chiffre moitié moins fort que celui attendu et à peine supérieur au taux de croissance révisé du premier trimestre de 0,8 %.
Si les dépenses de consommation des ménages constituent le lot de consolation, avec une progression de 1,9 % sur le trimestre (soit 4,2 % en rythme annualisé) portée par l’ensemble des dépenses, les autres composantes sont, indiscutablement médiocres. Sans surprise, l’investissement des entreprises a continué de baisser pour le troisième trimestre consécutif, de -2,2 % après successivement -3,4 % et -3,3 %. Plus surprenante est, toutefois la chute conséquente de l’investissement résidentiel, en repli de 6,1 % r.a, sa plus forte baisse depuis 2010.
Les exportations progressent légèrement, de 1,4 % r.a., enregistrant ainsi leur meilleur trimestre depuis un an tandis que les importations refluent à nouveau, de -0,4 %, l’ensemble apportant une contribution légèrement positive, de 0,1 point r.a à la croissance du trimestre.
Enfin, les variations de stocks basculent en territoire négatif après avoir reflué cinq trimestres durant, ce qui constitue assurément un signal préoccupant pour la suite.
À la fin du deuxième trimestre, l’acquis de croissance n’excède pas 1,1 % pour l’année en cours. Sauf à imaginer que l’économie américaine puisse enregistrer 4 % de croissance au cours des deux prochains trimestres, ce résultat forcera à une révision à la baisse des prévisions du consensus, toujours de 1,9 % en juillet.
De fait l’acquis de croissance américain est identique aujourd’hui à celui du PIB français à la fin du deuxième trimestre, un constat en phase avec celui d’une croissance trimestrielle exactement égale à celle de la zone euro, de 0,3 % en rythme non annualisé, par ailleurs, dorénavant inférieure à l’UEM en glissement sur quatre trimestre, ceci pour la première fois depuis 2010. De quoi, sans doute refroidir la FED et justifier une réévaluation du cours de l’euro contre le dollar…
La BoJ exsangue : un signal de longue portée
La BOJ a déçu les marchés en maintenant inchangé le niveau de ses achats mensuels de bons du Trésor (JGB) d’actifs, à 80 Trn de yen ainsi que le niveau de ses taux d’intérêt. Seule décision, la banque centrale nippone annonce un quasi-doublement de son programme d’achats d’ETF?, de 3,3 Trn à 6 Trn mensuels. En d’autres termes rien qui ne puisse dans ce dispositif faire refluer le yen ou même prévenir une nouvelle ascension à venir.
La BoJ pouvait-elle toutefois faire davantage après avoir multiplié son bilan de plus de 2,5 depuis fin 2012, à plus de 83 % du PIB japonais aujourd’hui ? Abaisser davantage le niveau de ses taux de dépôts, porté à -0,1 % en janvier ? S’il est vrai que M. Kuroda avait évoqué la possibilité d’aller jusqu’à -1 % il y a quelques mois, sans doute l’analyse des effets contre-productifs des politiques de taux négatifs ont-elles un certain écho au Japon, quand la BoJ peut également avoir choisi de conserver quelques munitions en cas notamment d’assouplissement de la Banque d’Angleterre et possiblement de la BCE d’ici à l’automne…
Cette déception a potentiellement plusieurs implications sur les marchés locaux et mondiaux :
- Elle ouvre la porte à une réappréciation de la devise, ce qui est foncièrement mauvais pour les entreprises locales et le Nikkei, en dépit de la réaction positive ponctuelle liée à l’annonce d’une augmentation du programme d’achat d’ETF. Une validation de la posture accommodante de la FED dans les minutes du dernier FOMC qui seront publiées dans trois semaines pourrait, dès lors, récréer les conditions d’une baisse du dollar sous la barre des 100 JPY/USD.
- Elle provoque une remontée mécanique des taux longs japonais susceptible, au-delà de l’effet de surprise, de constituer un seuil durable.
- Ces effets induits devraient avoir pour conséquence de réduire la pression sur les autres banques centrales, la Banque centrale coréenne, d’une part, la BCE surtout. Cela explique vraisemblablement la remontée des taux longs européens ce matin et peut-être aussi la légère remontée du cours de l’euro face au dollar…
Au total, on aurait tort de considérer que le signal envoyé par la BoJ se cantonne au marché local. C’est bien la limite des politiques de QE que nous renvoie la BoJ aujourd’hui, quand bien même une nouvelle charge ne peut pas totalement être exclue.
PIB français : la douche froide
Inférieure aux attentes de 0.2%, la première estimation sur la croissance française est de zéro après une hausse de 0,7 % au premier trimestre 2016.
Si ce ralentissement n’est pas une surprise, la stagnation l’est davantage. On était en effet en droit d’espérer un brin de consommation en provenance des ménages et quelques investissements supplémentaires. Rien de tout cela, les données sont toutes mauvaises :
– la consommation stagne littéralement ;
– l’investissement des entreprises et celui des ménages reculent respectivement de 0,4 % et de 0,1 % ;
– les exportations baissent également de – 0,3 %, soitune croissance inchangée par rapport au trimestre précédent ;
– la croissance des dépenses publiques est stable à 0,4 % ;
– enfin la consolation que pourrait représenter la baisse des stocks -qui ont retiré 0,4 points à la croissance trimestrielle- est difficilement exploitable à en juger par la faiblesse de la demande.
Les éléments ne manquent pas pour tenter d’expliquer ce mauvais résultat : grèves, inondations, intempéries, attentats, Brexit… on retiendra surtout qu’il s’agit d’un avertissement rappelant à quel point la situation est fragile, malgré des signes indiscutables d’amélioration conjoncturelle.
FOMC – mais où est le loup ?
La Fed, nous l’avons exprimé plus tôt dans la journée, avait toutes les raisons de reprendre son bâton de pèlerin en rouvrant la porte à une possible hausse des taux d’ici la fin de l’année, à l’occasion du FOMC de ces deux derniers jours. À ce stade, rien de tel, tout du moins de façon explicite. Si son communiqué prend acte de l’amélioration des indicateurs économiques récents, notamment sur le marché de l’emploi, il souligne néanmoins la détérioration persistante des tendances sur le front de l’investissement. Par ailleurs, rien de son analyse sur l’inflation ne suggère une quelconque préoccupation, malgré des arguments, à l’évidence, à sa portée sur ce dernier front.
En somme ce communiqué est des plus opaques, laissant les voies ouvertes à tous les scénarios… au point de se demander ce qu’il cache. Les minutes du FOMC dévoileront-elles une autre réalité, comme cela a été régulièrement le cas ces derniers mois ? La Fed redoute-t-elle les effets contrariants de la chute des cours des MP ou les conséquences d’une hausse trop rapide du billet vert tandis que les autres grandes banques centrales s’apprêtent à assouplir leur politique, comme suggéré dans notre hebdomadaire (voir à ce sujet Quid de la FED face à la rechute des MP ?, du 22 juillet) ? Ou encore, virera-t-elle sa cuti à la rentrée ? Autant de questions susceptibles de compliquer la lecture des marchés dans les prochaines semaines.












