En octobre, les prix à la consommation aux Etats-Unis sont restés stables par rapport à septembre, ce qui a permis grâce à des effets de bases encore très négatifs de faire refluer le taux d’inflation annuelle de 3,7 % à 3,2 %, son niveau de juillet. L’indice sous-jacent n’a quant à lui augmenté que de 0,2 %, après 0,3 % en septembre. Sur un an, il ralentit d’un dixième, à 4 %.
Ce rapport est beaucoup plus convaincant que le précédent et largement suffisant pour justifier un taux inchangé des Fed Funds. D’autant qu’à part quelques exceptions, l’assurance auto et le tabac, notamment, l’inflation décélère sur la quasi-totalité des postes, loyers y compris. Après les inquiétudes nées des dernières interventions des membres de la FED, les marchés saluent la nouvelle avec une forte baisse, de 18 points de base des taux à 2 et 10 ans américains, une embardée des indices boursiers et de l’eurodollar.

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Quatrième baisse consécutive de la production industrielle allemande
La production industrielle allemande dans son ensemble, c’est-à-dire construction incluse, s’est contractée de 1,4 % en septembre. Il s’agit de la quatrième baisse consécutive depuis mai, pour un total de -3,5 % par rapport à avril. La seule production manufacturière a reculé de 1,7 %, soit un retard de 7,5 % par rapport au début de l’année 2020. Dans le même temps, les commandes n’ont augmenté que de 0,2 %, après avoir été révisées à la baisse pour le mois d’août, avec une progression de seulement 1,9 % contre 3,9 % en première estimation.
Excepté le léger rebond de la production dans la construction hors finitions, +2,1 %, insuffisant pour contrarier la tendance baissière à l’œuvre depuis le début d’année, il n’y a donc pas grand-chose à sauver de cette fin de troisième trimestre. Le quatrième démarre, lui, sur de très mauvaises bases, avec un acquis de production de -0,9 %.

Les NFP apportent de l’eau au moulin de J. Powell…
-15 points de base : la réponse des taux à 10 ans américains, retombés à 4,50 % dans les minutes qui ont suivi la publication du rapport sur l’emploi du mois d’octobre aux Etats-Unis. Les créations de postes en net recul, à 99 K dans le seul secteur privé, la nouvelle remontée d’un dixième du taux de chômage à 3,9 % et le ralentissement des hausses mensuelles de salaires, à 0,2 % seulement, confortent simultanément le discours du président de la Fed de cette semaine et renforcent l’idée d’un arrêt des hausses de taux directeurs.
Les grèves dans l’industrie automobile ont manifestement aidé, avec 33 K destructions d’emplois dans le secteur automobile -35 K au total dans l’industrie manufacturière- ; un effet amené à être corrigé le mois prochain. Par ailleurs, les emplois gouvernementaux continuent à croître à un rythme de 51 K, comme il le font peu ou prou depuis trois mois, constituant, après la santé et l’éducation, le principal socle de créations de postes. Dans tous les autres secteurs, en effet, les hausses sont très réduites ou inexistantes, notamment dans les loisirs et la restauration mais également les services professionnels ou le commerce de détail, quand l’emploi ne baisse pas, comme dans les transports, les technologies.

Les données du jour restent médiocres
Les données publiées aujourd’hui ne sont pas bien meilleures que celles du début de semaine : Les PMI de Caixin/S&P en Chine sont dans la même veine que les indicateurs CFLP, c’est-à-dire moroses. La production industrielle française se replie davantage, même dans les secteurs toujours très en retard. Le commerce extérieur allemand se contracte. Le taux de chômage en zone euro progresse d’un dixième.

Les données de la matinée toujours bien médiocres accentuent le repli des taux
Les données publiées ce matin ne vont pas dans le sens d’une amélioration de la conjoncture mondiale :
– Les PMI chinois se sont de nouveau repliés : l’espoir, minime, suscité par le PIB du troisième trimestre aura été de courte durée.
– La BoJ a laissé ses taux inchangés mais a, de nouveau, assoupli sa politique de contrôle de la courbe des taux face aux tensions persistantes sur les taux à 10 ans, le yen décroche.
– En France, le PIB a progressé de 0,1 %, après 0,6 % au deuxième. Hors stocks, la croissance est cependant meilleure qu’au printemps avec une nette décrispation du côté des consommateurs.
– En zone euro, le PIB s’est replié de 0,1 %, comme en Allemagne. Sur un an, la croissance n’est que de 0,1 %.
– Seul réconfort, l’inflation en zone euro est passée sous les 3 %, grâce, notamment, aux puissants effets de base énergétiques à l’œuvre dans la plupart des économies de la région.
– Ce repli de l’inflation finira-t-il par être plus porteur pour les consommateurs ? Tel n’est pas le cas pour l’instant en Allemagne où les ventes de détail se sont repliées de 0,8 % en septembre après déjà trois mois de baisse de 0,9 % par mois en moyenne.

L’inflation allemande reflue, le PIB aussi mais moins qu’auparavant…
En attendant les données pour la zone euro, dévoilées demain, l’Allemagne a publié la première estimation de son PIB du troisième trimestre et de son inflation pour le mois d’octobre. Sans surprise, le PIB allemand s’est légèrement contracté, de 0,1 % au troisième trimestre. En revanche les estimations du début de l’année ont été révisées à la hausse, effaçant de facto la récession qui ressortait des données précédentes. La situation n’est pas brillante pour autant, juste moins pire. Quant à l’évolution des prix, elle reste dominée par les effets de base, notamment énergétiques, qui la font passer de 4,5 % à 3,8 %, à l’instar de ce que devraient être les résultats du mois d’octobre pour l’ensemble de la zone euro attendus demain.

Mme Lagarde : « we are holding »
Le ton du communiqué de la BCE a préparé le terrain avant la conférence de sa présidente: ne laisser transparaître aucun élément susceptible de laisser place à la formation d’anticipations d’un possible assouplissement de la politique monétaire à venir. Cet objectif implique une posture bien calculée. Ainsi, au lieu de se satisfaire des résultats sur l’inflation, en forte baisse et amenée à suivre sa tendance des mots même de Mme Lagarde, cette dernière choisit d’insister sur son niveau encore trop élevé et sur la ferme intention de la BCE de la ramener à 2 %. Par ailleurs, plutôt que de souligner de quelconques préoccupations sur la croissance, dont elle reconnait, là encore, que la transmission monétaire jouant pleinement son rôle, les perspectives se détériorent, la présidente de la BCE préfère souligner l’effet supposé salvateur à venir de la baisse de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages…
Jusque là, le discours est assez aisé. Le degré de confort baisse, cependant, assez notablement lorsque Mme Lagarde commente les résultats de l’enquête BLS auprès des banques et le durcissement des conditions de crédit qui en ressort. Interrogée sur ce point, elle insiste : la transmission de la politique de la BCE est forte, en particulier dans le secteur bancaire, ce qui affecte le crédit, pas seulement du fait d’une réduction de la demande, mais parce que les banques referment le robinet. Les entreprises s’en ressentent et l’immobilier aussi.

Stand-by tout court ou un brin dovish pour la BCE ?
En même temps qu’elle avait relevé ses taux directeurs à 4,25 % en septembre, la BCE avait clairement laissé entendre que cette dixième hausse du cycle entamé en juillet 2022 serait suivie d’une pause. Le niveau des taux et les mécanismes de transmission de la politique monétaire étaient jugés suffisamment restrictifs pour assurer un reflux de l’inflation vers l’objectif souhaité, quand bien même, à un horizon un peu plus lointain qu’envisagé en juin. Ce message, réconfortant, avait toutefois été accompagné d’un discours très vigilant visant principalement à prévenir la formation d’anticipations d’un possible assouplissement de sa politique, vouée à rester durablement restrictive.
Le repli de l’inflation et la détérioration des perspectives conjoncturelles observés depuis ont tout lieu d’avoir conforté son choix. La BCE pourrait donc se contenter de réitérer son message en attendant son prochain comité de décembre qui sera également l’occasion de publier la mise à jour de son scénario trimestriel. S’arrêtera-t-elle là ? La question se pose face aux inquiétudes que suscite le conflit israélo-palestinien et, peut-être plus encore, face à la rapide remontée des taux d’intérêt à long terme sur fond d’écartement des spreads intra-européens. De là à ce que la BCE infuse son discours de petites pointes plus colombes il n’y a qu’un pas que, sauf la fragilité de l’euro, elle pourrait être tentée de franchir au vu de la situation souveraine.
