Données chinoises, du bon et du moins bon

Des données chinoises publiées ce matin il ressort trois tendances clés :

une évidente amélioration des tendances de consommation dont témoigne l’accélération du volume des ventes de détail, en hausse de 11,5% l’an en décembre contre 10,8% en novembre. Ce résultat confirme celui suggéré par les ventes automobiles également en forte accélération depuis l’automne. On voit là l’évidence les effets du contre choc pétrolier dont bénéficient les consommateurs ces derniers mois.

Une situation toujours compliquée sur le front de l’investissement et de l’activité industrielle à l’origine d’une nette décélération de la croissance trimestrielle du PIB, à 1,5% au cours des trois derniers mois de l’année, son plus bas niveau depuis le début 2012, après 1,9% au deuxième et troisième trimestres. Alors que la légère amélioration de la production en décembre a permis de stabiliser la croissance annuelle de la production au cours des trois derniers mois, le détail par secteur décrit une détérioration persistante dans la plupart des secteurs clés de l’industrie chinoise : la chimie, l’automobile et le secteurs des machines, en particulier, résultat vraisemblable de l’affaiblissement de l’investissement domestique et de la faible croissance à l’exportation.

Une accélération du mouvement de baisse dans l’immobilier que dénote entre autres indicateurs la nouvelle forte baisse de l’indicateur du climat des affaires du secteur.

Au total, des résultats mitigés, bienvenus sur le front de la consommation mais toujours insatisfaisants sur le front industriel. L’ensemble devrait faciliter des mesures d’assouplissement des conditions monétaires et sans doute également un nouveau repli du taux de change du yuan.

 

 

Draghi jeudi : décevoir, sans trop

Ne pas créer de tremblement de terre. Telle devrait être la priorité de la BCE jeudi.
Ceci implique tout à la fois d’aller de l’avant sur la mise en place d’un QE, compte-tenu des très fortes attentes en ce sens des marchés, sans risquer de précipiter le mouvement de baisse de l’euro qui, ces derniers temps, a pris des allures préoccupantes.
La BCE n’a dès lors pas beaucoup d’alternatives. Pour assurer un minimum de contrôle sur la devise, elle devra plutôt décevoir qu’en rajouter (voir notre hebdo de vendredi).
Comment ?
Eventuellement en annonçant un programme initial dans le bas de la fourchette des attentes, disons 500 milliards, susceptible d’être accru en fonction des développements économiques futurs. Soit, encore, en limitant la part dédiée aux obligations souveraines dans l’ensemble de son programme, éventuellement compensé par l’achat de titres d’entreprises ou de la BEI…
Les options sont multiples et la tâche ne devrait pas poser outre mesure problème à M. Draghi compte-tenu de sa maîtrise de l’exercice de communication.
L’euro pourrait rebondir sur le coup, une réaction épidermique peu susceptible de durer mais à même de stabiliser son cours au-dessus de 1.15 USD, un scénario que plusieurs membres du board verraient sans aucun doute d’un meilleur oeil que celui d’un nouveau décrochage de la monnaie unique.

Pas de chance !

Pas de chance !

Concentrée à la publication d’un scénario d’un rare optimisme de notre part sur les perspectives de croissance de la consommation mondiale, notamment américaine, c’est seulement tardivement que nous avons pris connaissance de la mauvaise nouvelle d’une contraction exceptionnelle des ventes de détail aux États-Unis en décembre. Après des semaines passées à décortiquer les éléments d’une révision, disons-le, à reculons de notre scénario, cette publication nous fait naturellement blêmir. Avons-nous raté quelque chose ? C’est encore trop tôt pour le dire. Les données des ventes au détail sont publiées à prix courants à ce stade. Elles intègrent donc les évolutions de prix du mois de décembre dont nous n’avons pas encore connaissance. Les données corrigées de l’inflation pourraient être moins mauvaises. Quoiqu’il en soit, de deux choses l’une :

  • Soit, effectivement la baisse des prix de décembre explique une proportion importante du reflux nominal des ventes que pourraient expliquer les prix de l’énergie mais aussi ceux des biens importés (que la hausse du dollar pourrait bien avoir écrasés). Notre scénario d’une amélioration des perspectives réelles que n’accompagnent pas les perspectives nominales de la croissance en serait conforté.
  • Soit, les données corrigées de l’inflation restent très décevantes ce qui, sauf chiffre spectaculaire en janvier, risque de nous faire regretter notre changement de scénario. Que pourrions-nous, dans ce dernier cas, avoir raté ? Deux points nous ont interrogés pendant l’élaboration de nos prévisions. 1/ le risque d’effets richesse négatifs, liés à la forte baisse des taux d’intérêt et au moindre dynamisme des marchés d’actions, susceptibles de rogner une partie des gains de pouvoir d’achat escomptés de la chute des prix énergétiques 2/ les effets négatifs sur la consommation d’un marché de l’immobilier toujours très fragile, en l’occurrence probablement en repli ces derniers temps à en juger par le très faible niveau des demandes de financement hypothécaires. Ces deux points que nous pensions pouvoir reléguer au second plan dans le contexte présent de forte amélioration des gains de pouvoir d’achat sont-ils plus influents ?… 

L’avenir proche nous permettra sans doute de répondre à ces questions mais quoi qu’il en soit ceci ne dit rien qui vaille pour les marchés financiers.

Le moral des PME américaines retrouve ses niveaux de 2006

S'il est une bonne nouvelle, c'est bien dans l'évolution de cet indicateur de confiance des PME américaines qu'elle se trouve. Seulement récemment sorti du canal étroit dans lequel il oscillait depuis 2010, l'indice NFIB s'est considérablement ressaisi ces derniers mois pour retrouver en décembre un plus haut depuis la fin 2006, conforme à ceux connus par ces indices avant la crise de 2008. 

Il s'agit sans conteste d'un signal fort d'amélioration significative de la situation américaine, à l'origine de laquelle se trouve la chute des cours de l'énergie et ses effets bénéfiques sur le pouvoir d'achat des ménages, leurs dépenses et, par là même, le mieux être des PME très largement concentrées dans la sphère des services. 

Les facteurs d'insatisfaction qui, depuis longtemps, nous retenaient d'envisager des perspectives plus encourageantes sur l'économie américaine se lèvent donc. La mise à jour de notre scénario de croissance dont la publication débutera demain promet de belles surprises!

La vigilance de la Fed ne suggère pas de hausse de ses taux avant… longtemps

Malgré l’amélioration des conditions domestiques américaines, les minutes de la Fed traduisent une vigilance extrême à l’égard de trois facteurs de risques : les conditions internationales, les marchés financiers et le faible niveau de l’inflation.

Aucun de ces points ne devrait la précipiter à remonter le niveau de ses taux d’intérêt avant longtemps. Si les minutes excluent toute hausse au cours des deux prochains meetings, soit d’ici avril, elles précisent également que la Fed ne remontera pas ses taux avant que l’inflation sous-jacente soit stabilisée sur les niveaux qui étaient les siens lors du FOMC (aux environs de 1,5%) sous réserve de perspectives crédibles d’une remontée de l’inflation vers son objectif de 2%. Ces précisions éloignent significativement l’horizon d’un passage à l’acte.

Les effets de la chute des prix du pétrole vont, en effet, jouer à plein au premier semestre et, sauf remontée brutale des cours d’ici au printemps, l’inflation annuelle pourrait bien tomber temporairement en territoire négatif au second trimestre : selon nos estimations, elle refluerait de 1,7% au troisième trimestre 2014, à 1% au quatrième, puis 0,3% et -0,3% respectivement aux premiers et deuxième trimestres 2015.

Au-delà des effets pétrole, l’inflation reste très faible, cantonnée à certaines catégories très spécifiques de services -la santé et les loyers principalement- aux effets contenus sur le coût de la vie : à 2,5%, l’inflation dans les services hors énergie est toujours significativement inférieure à ce qu’elle était en moyenne avant la crise de 2008 (3,2 % en moyenne depuis 1995). Les prix des biens durables de consommation se contractent, en revanche, déjà significativement. En repli annuel de 1,7% en novembre, ils devraient accuser les effets de la hausse du dollar, comme de nombreux autres produits importés, au cours des prochains mois et continuer à exercer des pressions désinflationnistes importantes.

Difficile dans de telles conditions d’imaginer que la Fed puisse passer à l’acte que ce soit en avril ou au-delà. Sauf embardée des salaires, ce qui ne peut être totalement exclu dès lors que le taux de chômage cassera le niveau de 5%, probablement aux environs du printemps, il se pourrait bien que l’amorce d’un cycle de hausse de ses taux d’intérêt soit tout simplement impossible avant la fin de l’année. Les taux longs ne sont donc pas sur le point de remonter et pourraient même encore refluer si l’on en juge par la correction que devraient subir les anticipations sur les taux directeurs. Ce mouvement contrariera-t-il le reflux de l’euro? Attendons les annonces de M. Draghi avant d’essayer d’y voir plus clair…

Inflation USUS T-Bonds

Vers une inflation négative en zone euro en 2015

L’inflation de l’UEM, c’était acquis, devait basculer en territoire négatif sans le sillage de la chute des cours du pétrole ; nos dernières estimations aboutissaient à un taux négatif à partir du mois de janvier, susceptible de reculer jusqu’à -0,5% l’an d’ici avril. Les choses vont plus vite que prévu avec une chute à -0,2 % du taux d’inflation annuel dès le mois de décembre selon les données préliminaires publiées ce matin. L’effet de la chute des prix de l’énergie est évidemment très marqué. La composante énergétique de l’indice européen est en repli de 6,3% sur douze mois, ce qui explique 0,7 points de la baisse du taux d’inflation annuel enregistrée depuis un an, de 0,8% à -0,2%.

Le mouvement devrait se poursuivre au cours des mois à venir. D’abord parce que les cours de l’énergie poursuivent leur déclin mais, également, parce que ce mouvement  devrait se diffuser pendant plusieurs mois sur de nombreuses autres composantes de l’inflation. L’inflation sous-jacente, hors énergie et produits frais, stable au cours des trois derniers mois à 0,7%, est donc amenée à décliner en 2015 et pourrait avoisiner zéro pour-cent d’ici à l’été.

Le débat sur la réalité déflationniste en zone euro est donc dépassé. La situation ne suscite plus de doute : l’inflation 2015 sera négative, à hauteur vraisemblablement de -0,5% à -1%, selon la tournure des choses dans les mois à venir.

Le Royaume-Uni dépasse la France, pour combien de temps?

Le PIB britannique serait repassé devant celui de la France en 2014, remontant ainsi au 5ème rang mondial. La nouvelle suscite une grande curiosité côté français, avec cette tentation de rechercher dans la voie britannique un quelconque modèle. On oublie trop souvent, toutefois, de rappeler que l’économie britannique est avant tout une plateforme financière hors norme en Europe : le secteur financier y concentre encore 7,5 % du PIB et à peu près autant de la masse salariale du pays, contre moins de 5 % en France et moins de 4 % en Allemagne. Dans le contexte financier international de ces dernières années, la City a drainé de nombreux capitaux de par le monde, dans le sillage desquels de larges pans de l’activité économique ont été alimentés, de la finance à proprement parler aux multiples services qui y sont rattachés, sans oublier l’immobilier et les transports. L’économie britannique est ainsi probablement la plus grande bénéficiaire des injections de liquidités de la Fed sur les marchés financiers depuis la fin 2012.

L’exposition du pays à des marchés dorénavant moins porteurs, soumis en outre à l’assèchement des flux de capitaux en provenance de Russie ou autres producteurs de pétrole, augure de jours vraisemblablement plus compliqués outre-Manche. Car les progrès effectivement réalisés par le pays en dehors du secteur financier sont ténus : ses performances industrielles ou à l’exportation ne sont guère plus avantageuses que celles de la France, par exemple, quand, par ailleurs, le pays enregistre un déficit courant de plus de 5 % de son PIB et un déficit public de même ampleur.

Dès lors ne rougissons pas trop, le « modèle » britannique est encore très relatif…