2024 devait être une année faste, socialement, économiquement et, même, politiquement pour la France, couronnée par la tenue des jeux olympiques. Elle se termine comme l’une des pires de ces dernières décennies, sinon en matière de croissance, du moins en termes de confiance et de perspectives.
La préparation des JO, le déploiement de programmes d’infrastructures et les mesures de soutien des années de covid et de crise énergétique, ont maintenu l’économie à flot plus longtemps que nombreux ne l’envisageaient il y a deux ans. Le retournement n’en est que plus brutal. Si la croissance a pu se hisser à 0,4 % au troisième trimestre grâce aux jeux, les sous-jacents ne font guère illusion. Les indicateurs avancés se détériorent à une vitesse rarement égalée, à l’instar de la flambée des faillites d’entreprises de ces derniers mois et de ce qu’elle suggère comme direction pour l’emploi et le chômage futurs.

Plus inquiétant, encore, est ce constat dans le contexte de crise politique que traverse l’Hexagone depuis la dissolution de l’Assemblée le 7 juillet, de loin la plus importante de la cinquième république. La victoire du rassemblement national au premier tour des élections législatives, puis celle de la gauche unie au second, ont, finalement, débouché sur un gouvernement de centre-droit très minoritaire qui a pour impossible mission de faire adopter un budget drastique, après une dérive incontrôlée des finances publiques. Au terme d’une épopée budgétaire sans pareille, la censure du gouvernement Barnier dans les jours à venir plongerait la France dans une situation de crise tout à la fois politique, économique et possiblement financière, susceptible de s’éterniser jusqu’à la tenue de prochaines élections législatives, au plus tôt dans le courant de l’été 2025.
Alors même que la voix de la France commençait à porter un peu plus en Europe, face, notamment, à une Allemagne en grandes difficultés tentée de s’inspirer de résultats apparus, un temps, des réussites, la crise politique et les graves manquements budgétaires mis au jour cet automne ont isolé l’Hexagone et rendu ses représentants inaudibles. L’Allemagne, qui devrait élire un nouveau parlement en février, semble en mesure de sortir plus forte des élections anticipées après trois années d’une coalition paralysante. Elle ne fera pas de cadeau à son voisin dans la bataille qui l’oppose aux Etats-Unis tandis que d’ici là, la ratification possible de l’accord UE-Mercosur serait un cinglant désaveu pour la France. Plus les mois passent, plus l’état des lieux s’aggrave et plus on peine à trouver les branches auxquelles se raccrocher. Même l’avantage démographique hexagonal, l’un des rares dont pouvait encore s’enorgueillir la France il y a peu, menace aujourd’hui de disparaître. La France s’isole et se rabougrit, ce n’est pas bon signe
Author Archives: Véronique Riches-Flores
Conjoncture asiatique, pas de quoi rassurer pour 2025
Baisse des taux en soutien de la demande dans le monde développé, rebond du commerce mondial, moindre inflation japonaise, aides publiques chinoises….La conjoncture asiatique bénéficie d’un certain soutien. Les données en présence montrent une légère amélioration sur le front de la demande en Chine et restent passables au Japon. Elles semblent, néanmoins, insuffisantes pour rassurer totalement alors que l’année 2025 s’annonce particulièrement compliquée, notamment pour l’Empire du milieu, face au retour de D.Trump à la Maison Blanche.

Dans le tourbillon de la réélection de D. Trump : un tombereau de questionnements
Le monde a perdu pied depuis le 5 novembre, face à la déferlante de questions que suscite la victoire de D. Trump à la présidentielle américaine. À quoi s’attendre ? Les principaux points de son programme, bien qu’a priori connus, ne disent pas grand-chose sur la rapidité et la profondeur des changements qui découleront de leur application aux États-Unis ou dans le reste du monde.
La résonance du choc de la présidentielle américaine ne se résume pas à un programme, fonction du calendrier des réformes mais, tout autant, de la forme de gouvernance plus ou moins brutale qui lui sera associée, de la propagation ou, au contraire, de la résistance à la doctrine libertarienne prônée par D. Trump et ceux qui l’entourent, aux États-Unis et par-delà les frontières américaines. Quelle signification donner, dès lors, aux promesses fiscales, budgétaires, énergétiques, protectionnistes ou encore à la feuille de route du binôme Musk-Ramaswamy au futur « ministère de l’efficacité gouvernementale » dont les pourtours sont tellement éloignés de l’Amérique que nous connaissons ? Jusqu’où iront l’Europe et la Chine dans leur opposition et la défense de leurs intérêts respectifs et avec quels moyens ? La Fed parviendra-t-elle à conserver son indépendance ? etc…
Encore très largement inconnues, les réponses à ces questions, essentielles, n’en façonnent pas moins le contexte des marchés de ces deux dernières semaines, leurs hésitations et leurs contradictions.
– Le spectre d’un retour de l’inflation qui s’était imposé à la lecture des grandes lignes du programme républicain semble, aujourd’hui, relativisé par les promesses d’une baisse de moitié de prix de l’énergie.
– Les tensions sur les échéances les plus longues de la dette fédérale et les primes de termes issues de la perspective d’une nouvelle dérive de la dette publique que suggéraient les promesses fiscales du programme républicain se sont apaisées avec la promesse d’un régime budgétaire draconien, aux mains de Musk et acolytes.
– L’assurance que le reste du monde ne sortirait pas indemne des quatre années à venir a fini par prendre le pas sur les bourses du reste du monde et par porter le dollar au firmament, enrayant par là-même l’envolée du BTC qui a marqué les premiers jours suivant l’élection.
– La Fed, pour ne pas perdre davantage en crédibilité face à la solidité de la croissance et à la montée des anticipations d’inflation, a fini par rectifier son tir. Mais un programme budgétaire draconien et l’envolée du dollar ne finiront-ils pas par lui redonner plus de marges de manœuvre en 2025 ?

En somme rien n’est fait et sur chacun de ces points, majeurs, tout reste encore à écrire avec, selon les récits, des aboutissements radicalement différents que nous tentons d’élucider dans ce qui suit.
Le mieux que la Fed puisse faire serait de s’abstenir, l’osera-t-elle ?
La Fed n’a cessé d’être prise à défaut depuis le FOMC du 18 septembre au cours duquel elle s’était montrée particulièrement confiante sur les perspectives d’inflation et sa capacité à baisser ses taux directeurs. Dans le sillage de données économiques bien meilleures qu’attendu en octobre, les anticipations d’inflation se sont envolées et celles de baisse des Fed Funds ont été sensiblement réduites. La victoire de D. Trump à la présidentielle a fini d’enfoncer le clou avec un net regain de tensions des taux à terme, à 4,27 % pour les T-Notes à 2 ans et 4,44 % pour les échéances à 10 ans.

Élections américaines, toutes les hypothèses sont ouvertes
C’est une cause entendue, la course à la Maison Blanche est serrée et aucun des principaux prévisionnistes -sérieux- n’a jamais donné à l’un ou à l’autre des candidats beaucoup plus que 60 % de chances de l’emporter, pour finalement s’accorder sur un 50/50 quasi-parfait. A titre de comparaison, les chances d’Hillary Clinton en 2016 étaient, au pire, supérieures à 70 %, voire dépassaient allègrement les 90 %, pour le résultat final que l’on sait. Bref, on ne peut faire plus incertain et une telle situation devrait inciter, de toutes façons, à la retenue.
Tel n’est guère ce qui caractérise, néanmoins, les marchés financiers. Sans surprise, ces derniers ont misé sur une victoire de D. Trump, sans vraiment, d’ailleurs, s’intéresser aux implications économiques et, encore moins, socio-politiques, de son programme (cf D. Trump : 2016-2024, ou l’inquiétante anesthésie d’un monde en perdition) et de son éventuelle réélection. Au fur et à mesure de sondages un peu plus favorables au candidat républicain, le mouvement s’est amplifié, entrainant dans son sillage de profonds ajustements sur les marchés, notamment marqués par l’envolée des anticipations d’inflation, des taux d’intérêt et des cryptomonnaies (+18 % pour le Bitcoin en un trimestre).

Marchés obligataires, le scénario idyllique a du plomb dans l’aile. A quoi s’attendre ?
Le schéma était bien huilé : l’inflation, apparemment, maîtrisée, les banques centrales progresseraient dorénavant vers une normalisation graduelle de leur politique monétaire. La Fed, avec un point de départ plus élevé, bénéficierait de marges accrues de baisses de ses taux par rapport à la BCE, laquelle pourrait, néanmoins, s’appuyer sur la fragilité de la conjoncture européenne pour avancer à un rythme à peine moins cadencé.
J. Powell et C. Lagarde n’ont, d’ailleurs, pas contrarié le consensus, confortant, plus que l’inverse, les espoirs en place. Fin septembre, encouragés par les Dot Plots particulièrement conciliants du FOMC, les marchés anticipaient des taux à 2 ans à 3 % aux Etats-Unis et 2,2 % en Allemagne, d’ici septembre 2025 ; ni trop élevés, grâce au retour d’une inflation là où le souhaitent les banques centrales, ni trop bas, conformément au scénario d’atterrissage en douceur de l’économie américaine, qui avait supplanté les craintes de récession de l’été, et à celui d’une petite mais reprise quand même en zone euro.
En somme, le meilleur des cas de figure ; favorable à une repentification des courbes des taux, accueillie comme il se doit par les marchés, avec en sus, un vigoureux appel d’air pour les actifs du monde émergent, doublement soutenus par la perspective de baisses des taux et du dollar américains.
Seulement voilà, le scénario idyllique a du plomb dans l’aile. Non seulement, l’économie américaine se porte beaucoup mieux qu’envisagé par la Fed en septembre, triplement soutenue par le repli de l’inflation, la baisse des taux et une politique budgétaire toujours très active à la veille de la présidentielle, mais les sondages sur l’issue du scrutin ont viré de bord, pointant vers une probabilité élevée d’un retour de D. Trump aux commandes, avec dans sa hotte, un programme éminemment inflationniste.
Simultanément, le boulevard dont semblait pouvoir bénéficier la BCE après la chute de l’inflation du mois de septembre en zone euro, s’est réduit en un sentier escarpé avec la publication d’octobre, nettement moins favorable. Par ailleurs, là aussi, la conjoncture retrouve quelques couleurs, avec des consommateurs plus prompts à la dépense que jusqu’alors, notamment en Allemagne. L’urgence à baisser les taux se réduit, donc, de facto et le degré de liberté dont semblait pouvoir bénéficier la BCE par rapport à la Fed n’est plus que peau de chagrin, à la réappréciation près de l’euro, dont le regain de vigueur permettra, peut-être, à l’institution d’aller un cran plus loin, sur la pointe des pieds et sous réserve que les anticipations d’inflation ne suivent pas la direction empruntée ces dernières semaines du côté américain.
Le contexte, c’est peu de le dire, se complexifie avec, en prime, les mauvais chiffres d’emploi du mois d’octobre. Que peut-il, dès lors, se passer ?

D. Trump : 2016-2024, ou l’inquiétante anesthésie d’un monde en perdition
Hypothèse peu vraisemblable il y a trois ans, Donald Trump semble avoir de bonnes chances de redevenir président des Etats-Unis à l’issue du scrutin du 5 novembre. Si en 2016, la perspective de son arrivée à la tête de la première puissance mondiale effrayait, l’éventualité d’une nouvelle victoire semble, aujourd’hui, globalement acceptée, que ce soit sous la forme d’une certaine bienveillance ou de la fatalité. On ne cherche plus, d’ailleurs, auprès de « l’Américain moyen » les explications de ce qui apparaissait il y a huit ans, comme d’incompréhensibles motivations à l’élection d’un candidat que tout semblait désigner comme l’anti-modèle. L’emprise de D. Trump sur le monde économique et sur celui de la finance en a fait un personnage quasiment respectable et c’est assez largement auprès d’une population avertie que le candidat trouve son soutien, national et souvent, aussi, international.
D. Trump, c’est un fait, est adoubé par les marchés financiers et c’est là sans aucun doute sa principale réussite, capable de faire oublier ses provocations à l’égard de la plus grande démocratie au monde et de lui rouvrir les portes de la Maison Blanche. Inutile de s’embarrasser des analyses critiques sur les inepties ou dangers de son programme économique, sociétal, ou géopolitique : celui-ci sera forcément pro-business américain et cette seule certitude semble suffire à légitimer son soutien.
Que s’est-il donc passé au cours des huit années qui nous séparent de 2016 pour aboutir à un tel degré d’anesthésie de la démocratie ?

Le PLF 2025 évite les écueils d’un exercice risqué mais ce n’est qu’un début
Le couperet est tombé, presque sans prévenir. Si la dérive des comptes publics n’était un secret pour personne, nul n’avait prédit une dégradation de telle ampleur. Sauf annulation de 6 à 7 milliards de crédits, après déjà 16,5 mds gelés, encore en suspens, le déficit dépasserait 7 % du PIB cette année, au lieu des 4,4 % initialement prévus dans le PLF 2024. Comment, par quels faits ? Les réponses manquent et cette absence rend la situation plus critique encore.

Dans un tel contexte, la nouvelle équipe au pouvoir n’avait guère le choix que celui d’agir avec détermination, au risque de fragiliser des situations politique et économique déjà précaires. L’exercice était, à l’évidence, à haut risque, tout comme le seront les 70 jours de débats parlementaires d’ici au vote final du budget. À ce stade, néanmoins, le projet de loi de finances 2025 est, plutôt, un moindre mal, évitant les écueils redoutés d’un ajustement budgétaire de 2 % du PIB sur la seule année 2025, en matière sociale notamment, mais pas seulement. La concentration des hausses d’impôts sur les 0,3 % des contribuables les plus aisés et les plus grandes entreprises, de même que l’indexation des tranches d’imposition sur l’inflation, sont en mesure de réduire l’impact économique de la hausse programmée de 19,4 mds de recettes fiscales. Les efforts en matière de dépenses menacent davantage les perspectives de croissance et les impératifs environnementaux. La réduction des fonds « verts », des aides à la rénovation énergétique et l’impact du gel des budgets des collectivités territoriales sur l’investissement public ont tout lieu, en effet, d’être plus coûteux pour l’activité que la hausse de la fiscalité. Mais la ventilation des coupes, après une année 2024 de forte augmentation des dépenses, devrait amortir le choc… Sous réserve, toutefois, que ce dernier soit temporaire.
C’est là toute la question. Car les hypothèses sur lesquelles sont assis les chiffrages gouvernementaux, à savoir, une croissance économique de 1,1 % et une inflation de 1,8 % en moyenne l’an prochain, facilitent incontestablement l’aboutissement d’un projet de budget dont les résultats pourraient, une nouvelle fois, être mis à rude épreuve. Or, à 5 %, contre 6,1 % cette année, l’objectif de déficit pour 2025 reste très supérieur à celui de 3 % programmé pour 2029. En limitant l’effort à 2 % du PIB pour 2025, la France a fait le bon choix d’éviter de tomber dans la trappe d’une austérité dont les résultats passés ont montré les dangers et l’inefficacité. Rater l’objectif de 5 % de déficit cette année, augmenterait néanmoins d’autant les ajustements encore à réaliser dans les années à venir et les risques de réponses, in fine, plus coûteuses pour les perspectives françaises. En l’état, les arguments en faveur d’un resserrement des spreads à leur niveau d’avant les élections du printemps ne semblent, donc, pas réunis.