N’avons-nous encore rien vu de la hausse des cours des matières premières ?

L’ouverture d’un conflit supposé éclair en Iran a rapidement écarté la menace d’un renchérissement durable des cours des matières premières. Dans les scénarios dressés par les économistes au printemps, la variable d’ajustement concernait surtout l’ampleur du choc immédiat, généralement suivi d’une normalisation plus ou moins graduelle des prix, qui permettait d’atténuer les effets conjoncturels de la guerre dès le second semestre de cette année, ou, au pire, à partir de 2027. Même dans le scénario qualifié de « sévère » présenté par la BCE en mars, qui conservait des prix du pétrole et du gaz durablement supérieurs à ceux d’avant la guerre jusqu’en 2028, leur point haut était envisagé à brève échéance, entre le printemps et l’été 2026. Il en est résulté l’idée d’un choc ponctuel de la guerre sur l’inflation et la croissance que nombreux considéraient sans conséquences majeures sur les perspectives de moyen terme ni sur les politiques monétaires. En début d’été, la signature d’un mémorandum de paix entre Téhéran et Washington a d’autant plus renforcé ces certitudes que la chute des cours de l’or noir qui s’en est suivie a été particulièrement rapide.

La trêve n’a pas duré, cependant. La reprise du conflit en Iran a ravivé les tensions sur les marchés mondiaux du pétrole et dans leur sillage ceux de la grande majorité des produits de base. A plus de 95 $ le baril de Brent aujourd’hui, les cours du pétrole ont retrouvé leur niveau de début juin et pourraient regagner plus de terrain en cas d’intensification du conflit. Entre-temps, la forte croissance de la demande de métaux industriels consécutive au boom des dépenses militaires et au développement des infrastructures énergétiques à destination de l’IA a renouvelé les tensions sur leurs prix.

S’y ajoute maintenant l’envolée des cours des grains et autres produits agricoles. Conséquence initialement prévisible du renchérissement de l’énergie et des effets du blocage du détroit d’Ormuz sur l’approvisionnement en engrais, le mouvement a pris un peu plus de temps qu’habituellement avant de se manifester au printemps. Avec un pétrole retombé dans la région de 70 $ le baril fin juin, l’idée que les prix agricoles puissent échapper aux conséquences redoutées de la guerre commençait à prendre racine.

Le retour du conflit dans le Golfe Persique et les conditions climatiques extrêmes de l’été ont néanmoins fini par l’emporter. Entre la fin du mois de juin et les premiers jours de septembre, l’indice des cours mondiaux des grains s’est envolé de quasiment 30 %, promettant des conséquences majeures sur les prix alimentaires futurs. Un tel phénomène est susceptible de remettre en cause toutes les fondations du consensus de marché sur l’inflation, la croissance et les taux d’intérêt.

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