La confiance des ménages s’envole en zone euro

La rapidité avec laquelle le contexte économique s’améliore ces dernières semaines en zone euro est suffisamment rare pour être soulignée.
Dernier des indicateurs très encourageants, l’indice préliminaire de confiance des ménages publié cet après-midi par la Commission européenne a grimpé de 3 points entre février et mars, retrouvant ainsi son plus haut niveau depuis l’été 2007.
Ne nous méprenons pas, l’indicateur de la Commission est un solde d’opinion entre les consommateurs pensant que la situation s’améliore et ceux qui, au contraire, pensent qu’elle se détériore. Son niveau ne nous dit donc rien de la situation économique absolue. Il n’en reste pas moins qu’une telle amélioration du solde d’opinion est un signal très fort, en l’occurrence très positif, sur la tournure de la conjoncture. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, cette remontée de la confiance est de très bon présage pour la consommation à venir.
Les détails de l’enquête ne sont pas encore disponibles pour le mois de mars mais une telle hausse de l’indicateur synthétique a tout lieu de reposer sur une large base comme cela a déjà été noté ces derniers mois au cours desquels quasiment toutes les composantes de l’enquête ont affiché un rebond notable.
De même, à l’instar de ce qui est observé ces derniers temps, on peut imaginer qu’une large partie de pays participent de cette même tendance à l’amélioration.
Au total, un ensemble très encourageant sur le front domestique!

La BCE tiendra-t-elle 18 mois?

Les interrogations pleuvent quatre jours à peine après le lancement du programme d’achats d’actifs de la BCE. Si nombreux observateurs ont exprimé leurs doutes sur la possibilité de stopper les achats d’actifs au terme des 18 mois programmés, c’est davantage sur la capacité de la BCE à poursuivre ce programme sur la durée prévue que vont nos interrogations immédiates.
Car au rythme où vont les choses, le QE de la BCE pourrait rapidement buter sur bien des embûches.
1-La première est relative à l’origine des titres que la BCE prétend acheter : d’où viendront-ils? Quels seront les vendeurs susceptibles d’alimenter les flux d’offre du marché secondaire ? Les étrangers seront-ils massivement présents et en ont-ils les moyens ?
 
2- La seconde a trait à la soutenabilité de taux d’intérêt durablement et de plus en plus négatifs sur des échéances de plus en plus courtes, en particulier aux conséquences que cette situation finira par avoir sur les détenteurs d’obligations souveraines, aux premiers rangs desquels se trouvent les caisses de retraites et les assurances.
3- La troisième concerne l’impact de ces interventions sur les marchés des changes et le risque de voir l’euro propulsé dans un puis sans fond, ou dont la profondeur serait telle que les effets en retour pourraient être catastrophiques pour les consommateurs européens et l’équilibre monétaire international.
4- Enfin, l’incertitude liée à l’inconfort que cette politique est susceptible de créer auprès de nombre de pays de la zone euro, à l’instar des commentaires du Président de la Bundesbank, M. Jens Weidmann qui ne comprend pas l’utilité de ce programme alors que l’économie repart et redoute déjà que la croissance allemande évolue en sur-régime l’an prochain compte-tenu de l’impulsion donnée par la chute du prix du pétrole, de l’euro et des taux d’intérêt.
Si Mario Draghi a cru pouvoir assurer une visibilité durable en annonçant un programme d’envergure et de durée exceptionnelles, il se pourrait bien qu’il soit rattrapé par le temps et ne dispose pas des 18 mois qu’il avait envisagé le 22 janvier. Est-il toutefois concevable qu’il revienne en arrière et à quel prix ? Si la question ne taraude pas encore les marchés financiers, elle pourrait bien s’imposer d’ci peu.

Le mystère de la baisse de l’euro et ses effets boomerang

La baisse de l’euro s’accélère de nouveau depuis la fin de la semaine dernière. Comment expliquer ce regain de tensions?
– le fait n’est pas économique, à en juger par l’amélioration des perspectives à l’oeuvre,
– l’évolution des écarts de taux d’intérêt ne justifie pas davantage ce mouvement, le spread de taux à deux ans entre les Etats-Unis et la zone euro n’ayant quasiment pas bougé ces derniers jours,
– le mouvement ne semble pas non plus pouvoir être expliqué par le dossier grec, pour l’instant mis à l’écart,
– reste donc le QE de la BCE dont les premières opérations seront initiées dans les jours à venir. Toutefois, même en considérant l’évolution à venir des bilans respectifs de la Fed et de la BCE, le mouvement en cours semble exagéré.
Nous sommes donc face à une énigme et à une grande incertitude quant à la poursuite ou non du mouvement enclenché ces derniers jours.
Attention toutefois aux effets boomerang de cette nouvelle baisse de l’euro sur le reste du monde. Alors que les préoccupations déflationnistes sont toujours très vives dans bon nombre de pays, d’Asie notamment, le risque de répliques monétaires de la part des banques centrales de la région pourrait rapidement revenir sur le devant de la scène, ceci d’autant plus que la Chine semble bel et bien en train de renouer avec sa politique de baisse du yuan. La nouvelle baisse surprise des taux directeurs indiens pourrait avoir ouvert la danse aujourd’hui.

Les français reprennent goût à la vie mais les entreprises restent en retrait

Les données en provenance des activités de services sont de plus en plus convaincantes d’un changement de contexte de l’économie française. Depuis la bonne surprise d’un léger rebond des créations d’emplois au quatrième trimestre, considérée à l’époque avec scepticisme par la plupart des observateurs, les bonnes nouvelles n’ont pas cessé : dépenses des ménages, achats automobiles, regain de confiance des consommateurs, repli du chômage et, enfin PMI de ce matin, en hausse de quatre points.
Si l’amélioration de la conjoncture est loin d’être évidente dans l’industrie, elle l’est beaucoup plus dans les services. D’où vient ce mouvement?
A ce stade deux tendances se profilent:
1- Une amélioration très nette de l’activité de l’hôtellerie et de la restauration dont le mouvement interrompu à l’automne s’est bien ressaisi ces derniers mois. Celle-ci est typique d’un changement de sentiment des ménages et de moindres contraintes de pouvoir d’achat.
2- Un sursaut des activités touristiques ces derniers mois, possiblement stimulées par la baisse de l’euro.
PMI France
Aucune amélioration n’est toutefois visible dans les activités de services aux entreprises ni dans l’immobilier. Le faible rythme de l’activité industrielle explique probablement ce décalage quand, par ailleurs, les pressions à la baisse des coûts sont encore très présentes.
L’embellie conjoncturelle repose donc pour l’instant quasi-exclusivement sur le mieux être des ménages. il s’agit incontestablement d’une bonne nouvelle, insuffisante, toutefois, pour définitivement rassurer sur la croissance future.

Grèce, l’injustice

L’Allemagne est-elle sur le point de commettre l’irréparable à l’égard de la Grèce? Tout le laisse penser, à ce stade, comme nous le craignions après leur fin de non-recevoir du plan grec il y a deux semaines.
Il s’agirait d’une erreur majeure aux conséquences très largement imprévisibles à court et moyen-long terme mais surtout d’une très grande injustice si l’on en juge par les efforts effectivement fournis par la Grèce ces dernières années.
Le graphique suivant, réalisé à partir des dernières données d’Eurostat compare l’évolution des dépenses publiques depuis 2009, non pas en pourcentage du PIB mais en niveau absolu.
Depenses publiquesOn y voit que la Grèce est le seul pays de la zone euro a avoir abaissé le niveau de ses dépenses dans des proportions considérables, de plus de 30%. Cette évolution n’a rien à voir avec les efforts consentis par l’Espagne, le Portugal ou même l’Irlande, souvent montrés en exemple de pays « responsables » ayant su faire les efforts nécessaires. Le plan d’ajustement imposé à la Grèce est en effet allé beaucoup plus loin, sans aucun doute trop loin pour être tenable et que la population puisse accepter de poursuivre sur cette voie à brève échéance.
En laissant sortir la Grèce de la zone euro non seulement les Allemands créeraient un précédent susceptible d’ouvrir la porte à un démantèlement à terme de l’union monétaire mais seraient responsable d’une très grande injustice.

La Fed n’est pas prête de relever le niveau de ses taux

Faible inflation, faible croissance des rémunérations, insuffisance de l’investissement immobilier, hausse du dollar, impact négatif de la baisse des prix du pétrole sur l’activité du secteur énergétique et risques financiers internationaux, les facteurs de prudence ne manquent pas dans les minutes du dernier FOMC.
Si ces dernières soulignent l’amélioration de la situation conjoncturelle du second semestre 2014, en particulier sur le marché de l’emploi, elles révèlent surtout de nombreuses incertitudes et un inconfort non dissimulé à l’egard du bas niveau d’inflation. 
La prudence à l’égard des anticipations d’inflation des marchés tranche, à ce titre, avec l’attention généralement portée à ces dernières. En rappelant que les marchés n’avaient pas anticipé la déflation japonaise au début de son processus au Japon, la Fed communique on ne peut plus clairement sur ce que sont ses craintes. 
?Au total, ces minutes confortent notre analyse et ont tout lieu de faire décaler davantage les anticipations d’une remontée de ses taux. Les rendements à long terme devraient refluer une nouvelle fois dans le sillage de ce communiqué, par ailleurs renforcé, par un ensemble de données assurément décevantes ces derniers temps.
Les marchés d’actions pourraient s’en trouver temporairement soutenus mais gare aux publications susceptibles de donner du crédit, même temporaire, aux inquiétudes de la Fed.

Banque d’Angleterre, le dilemme.

L'inflation britannique est tombée à un plus bas historique de 0,3% au mois de janvier et a de grandes chances de continuer à refluer dans les prochains mois pour terminer en territoire légèrement négatif au printemps sous le double effet de la chute des prix de l'énergie et de l'alimentation. 

 
L'évolution contrarie les plans de la BoE qui se préparait à entamer un cycle de remontée de ses taux directeurs cette année. Alors que les indications sur l'activité économique restent bien orientées, la Banque d'Angleterre est face au même dilemme que celui de la Fed: faire fi des données sur l'inflation attribuées à des phénomènes temporaires et ajuster sa politique aux seules données d'activité, ou décaler ses choix, au risque de prendre du retard sur l'inflation future.
Comme dans le cas américain, c'est probablement en fonction des évolutions salariales qu'elle prendra in fine sa décision. Sur ce front néanmoins, la lecture des tendances à l'oeuvre ne signale aucune urgence à modifier l'orientation actuelle de la politique monétaire :
– les coûts salariaux unitaires évoluent très faiblement, sur une tendance à peine positive de 0,2% l'an selon les derniers chiffres du troisième trimestre 2014;
– La croissance annuelle du salaire hebdomadaire est globalement étale, en léger repli dans le secteur manufacturier et stable dans les services, à l'exception du secteur financier seul réel pan de l'économie dans lequel les rémunérations se tendent. 
Il n'y a donc pas d'urgence à ce que la BoE se précipite à actionner une hausse de ses taux directeurs qui risquerait de pousser la Livre Sterling vers des niveaux handicapants pour la croissance future. 
Un statu quo prolongé reste donc l'option la plus vraisemblable, ce que ne semblent pas avoir totalement intégré les marchés, à en juger par la remontée récente des taux à deux ans… 
:End 

Réveil de la consommation allemande

Le bas niveau du taux de chômage n’a guère porté ses fruits en matière de consommation jusqu’à présent en Allemagne : à la fin du troisième trimestre la croissance annuelle des dépenses réelles des ménages allemands n’excédait pas 1.1%, à peine deux dixièmes de plus qu’en France!
Les choses pourraient avoir changé ces derniers temps, à en juger par le rebond des ventes au détail et celui, toutefois plus modéré, des immatriculations automobiles.
Deux phénomènes sont susceptibles d’expliquer ce réveil du consommateur allemand: les effets bénéfiques de la chute des cours du pétrole et ceux de l’introduction d’un salaire minimum à partir du mois de janvier sur le pouvoir d’achat des ménages. Selon nos estimations, la combinaison de ces deux éléments devrait faire de l’année 2015 l’une des meilleures en terme de pouvoir d’achat depuis l’unification, avec une progression de l’ordre de 2% de ce dernier en moyenne cette année, de quoi alimenter une solide hausse des dépenses malgré une remontée vraisemblable du taux d’épargne (cf « Scénario 2015.1- Place aux consommateurs« ).
Le réveil du consommateur allemand est indiscutablement bienvenu, susceptible tout à la fois de stimuler l’activité domestique et de profiter aux partenaires régionaux de l’Allemagne.
Sur le plan boursier, cette embellie devrait prolonger la performance du secteur de la consommation et conforte notre recommandation de surpondérer ce dernier par rapport aux industrielles dont on peut redouter que leur forte exposition aux pays émergents ne pénalise les résultats, dans un contexte, qui plus est, de très forte instabilité des marchés des changes.