Quelles perspectives pour l’Asie hors Chine dans un monde protectionniste ?

Avant la Chine, les pays d’Asie du Sud-Est ont basé leur modèle de développement économique sur l’ouverture de leur économie à l’exportation. L’histoire a débuté avec les « Dragons » à partir du milieu des années quatre-vingt, rapidement rejoints par les « Tigres », alors que, sous l’impulsion américaine, les politiques d’ouverture et de libéralisation des échanges battaient leur plein. Le modèle consistait à profiter des avantages comparatifs qu’offrait l’abondance d’une main d’œuvre à bas coût pour asseoir l’essor de pays sous-développés et assurer, ainsi, une meilleure distribution des sources de croissance internationale. L’ascension des premiers a été fulgurante. De 5 % environ des exportations du monde émergent au milieu des années soixante, leur part s’est hissée à plus de 20 % dix ans plus tard, avant de culminer à plus de 40 % au milieu des années quatre-vingt-dix, avec, à la clé, les bases d’une élévation proportionnelle des niveaux de vie.
L’ouverture de l’économie chinoise, accélérée par son entrée dans l’OMC en 2001, a mis un coup d’arrêt à cette ascension. Les exportations chinoises se sont progressivement substituées à celles des premiers conquérants pour se tailler la part du lion dans les échanges mondiaux et la croissance économique de ces derniers, ponctuée de crises de surinvestissement, puis de plus en plus fréquemment, de crises politiques, s’est structurellement ralentie, malgré l’influence positive de l’essor de l’économie chinoise sur la région. Les plus précoces, qui étaient parvenus à se hisser à un niveau de développement comparable, voire supérieur aux standards du monde développé, sont progressivement devenus moins tributaires de leur commerce extérieur. De plus en plus tertiarisés, ils ont notamment assis la poursuite de leur essor économique sur des bases plus financières, à l’instar de Singapour ou de Hong-Kong, jusqu’en 2019 pour ce dernier. Les ressources de croissance des autres pays semblaient se tarir inexorablement. À partir de 2018, ces derniers ont, pourtant, profité de l’effet d’aubaine offert par la première guerre commerciale de D. Trump avec la Chine pour récupérer les parts de marché que cette dernière perdait sur le marché américain ; les exportations de l’Asie hors Chine à destination des Etats-Unis se sont, ainsi, singulièrement accélérées. Par ses sanctions à l’égard de l’Empire du Milieu, D. Trump redonnait au reste de l’Asie émergente un nouveau souffle qui lui permit, notamment, de compenser la croissance raréfiée des débouchés chinois. Le 2 avril a subitement confisqué cette bouée de sauvetage, avec des droits de douanes américains particulièrement élevés, à l’égard, non plus seulement de la Chine mais de la plupart des pays d’Asie, vis-à-vis desquels l’économie américaine avait creusé des déficits depuis 2018. Quel avenir envisager, dès lors, pour les pays de la région, coincés entre une Chine de moins en moins distributrice de croissance et un marché américain quasi-inaccessible ?

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