Guerre commerciale et relance chinoise, deux arbres derrière lesquels se profile une forêt de plus en plus épaisse

Ces derniers mois, les marchés vivent au rythme des promesses de résolution du conflit commercial entre la Chine et les États-Unis. Aucune des deux parties n’ayant intérêt à ce que les choses s’enveniment davantage, les observateurs misent sur un accord, au moins, de façade, histoire que D. Trump sauve la mise avant l’ouverture de sa campagne présidentielle. Souvent désignées comme premières responsables des déboires récents de l’économie mondiale, les tensions commerciales seraient donc sur le point d’être dépassées, ce qui rouvrirait la voie à un retour de conditions plus favorables, avec à la clé une reprise des investissements que le climat de guerre commerciale a paralysés. C’est en tout cas l’histoire telle que majoritairement envisagée, confortée par les mesures de relance du gouvernement chinois, dont bénéficierait, forcément, l’économie mondiale. Il y a, pourtant, bien des raisons de penser que les développements à venir soient assez éloignés de ce schéma.

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Le cycle est mort, vive le cycle !

Des générations d’économistes ont planché sur l’origine des mécanismes cycliques des économies développées depuis la seconde guerre mondiale, en espérant trouver la recette miracle qui supprimerait l’instabilité récurrente que créaient les épisodes réguliers de récessions, sources de destruction de valeur, de pertes de revenus et de hausse du chômage. Pour les pionniers en la matière, cette cyclicité trouvait ses principales origines dans le cycle naturel de l’investissement industriel, de sorte qu’à la fin des années quatre-vingt, un courant de pensée a cru voir dans l’essor des activités de services un développement structurellement favorable à l’atténuation des cycles et, ainsi, à une plus grande stabilité économique. Jetée aux orties après la récession américaine de 1991, la première à avoir entrainé les services dans son sillage, cette théorie a laissé place à une autre analyse qui donnait à l’inflation la plus grande responsabilité dans l’existence des cycles de taux d’intérêt et, par là-même, à ceux de l’ensemble de la vie économique.

Étouffer l’inflation, éliminerait la première source d’instabilité économique pour le plus grand bénéfice de tous. La règle de Taylor, qui présida à l’action des politiques monétaires entre le milieu des années quatre-vingt-dix et 2010, voyait dans le degré d’utilisation des ressources le principal facteur d’inflation cyclique. Dès lors, en contraignant, par le jeu des taux d’intérêt, la croissance à son potentiel, les banques centrales juguleraient l’inflation et les cycles qui y sont rattachés…

De fait, l’inflation n’est plus et les cycles non plus ! Quant aux banques centrales elles semblent bien démunies pour les faire revenir. Il a fallu en arriver là pour comprendre à quel point leur influence a été surestimée ces trente dernières années.

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Comme un air de printemps sur les bourses européennes

Le moral des investisseurs tient bon, assurément mieux qu’anticipé et que ce qu’inspire, à première vue, le contexte économique ou politique régional. Au fil du rebond amorcé sur les marchés boursiers depuis le début de l’année se profilent de nouvelles configurations susceptibles de porter les indices plus largement dans un futur immédiat. Quoi qu’il en soit de notre analyse à plus long terme, la probabilité que l’Eurostoxx se rapproche de la zone de 3500 points à brève échéance, s’est incontestablement accrue ces derniers temps.

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La baisse de l’inflation est-elle plus supportable aujourd’hui qu’il y a quatre ans ?

C’est la question vers laquelle nous conduisent inlassablement les réflexions et débats sur les perspectives économiques et financières pour cette année. Un peu comme à la fin de l’année 2014, la chute des prix du pétrole était tout à la fois perçue comme une aubaine pour les ménages en même temps qu’une menace déflationniste évidente, la perspective d’une chute de l’inflation en ce début d’année interroge. Peut-on se contenter d’y voir un soutien pour le pouvoir d’achat à même de raviver nos économies ou doit-on en redouter les effets dépressifs sur les marges des entreprises qui, in fine, viendraient endommager davantage les perspectives d’investissement et d’emploi ? C’est dans une large partie de la réponse à cette question que dépend le profil de croissance privilégié pour cette année et bien des aspects du scénario économique et financier aujourd’hui envisageable.

Formuler une réponse à cette interrogation semble, toutefois, aujourd’hui un exercice beaucoup plus incertain qu’il y a quatre ans.

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Philip Lane, bon ou mauvais parti pour l’euro ?

Après s’être subitement affaibli à l’annonce d’une forte révision à la baisse des perspectives économiques de la Commission européenne en début de mois, l’euro semble avoir subi un contrecoup supplémentaire avec la nomination de Philip Lane au poste d’économiste en chef de la BCE par l’Eurogroupe en début de semaine. Pour de nombreux observateurs, l’actuel gouverneur de la banque centrale d’Irlande, faisant plutôt partie du clan des « colombes », favoriserait la perspective d’un euro faible, sur lequel le manque d’attractivité de la conjoncture économique et politique en présence pèserait d’autant plus.

Proche d’importants supports techniques, l’euro-dollar pourrait dès lors être aspiré vers des niveaux nettement inférieurs à ceux d’aujourd’hui, sous les 1,10 USD, voire, potentiellement, vers ses plus bas de 2016. Les anticipations de fort repli de l’euro ne sont pas nouvelles, cependant, et force est de constater, qu’elles ont régulièrement été prises à défaut. L’arrivée promise de P. Lane change-t-elle fondamentalement la donne ?

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En Europe, le super « put » de Jérome Powell contré par les bancaires et, maintenant, par la CE

Intéressante conférence annuelle de Macrobond à Stockholm ce jeudi, de laquelle nous retenons quelques observations .

Un rare contraste entre la table-ronde des économistes et celle des stratégistes. Les premiers, secoués par l’extrême détérioration des conditions en présence, partageaient les mêmes appréhensions, se rattrapant aux fragiles branches à partir desquelles ils ont sauvé leur scénario de croissance, sur fond d’inquiétudes mal dissimulées quant aux risques de sous-estimer une réalité plus préoccupante. Les seconds, revigorés par le rebond des marchés de ce début d’année, sont apparus bien peu soucieux du constat économique et étonnamment confiants, exprimant, tout au moins pour les plus prolixes, un fort appétit pour le risque. Aux quelques questions qui leur ont été adressées à propos de cette vision de marché, voici les réponses apportées plus ou moins directement.

  • Que pensez-vous des valeurs bancaires européennes ? Réponse d’un des plus prompts à recommander l’exposition au risque : nous n’investissons pas sur les valeurs financières.
  • Quel serait l’argumentaire pour continuer à surpondérer les actions après le rallye de début d’année, européennes notamment ?

1- la stratégie a très bien fonctionné ;

2- le risque financier est trop grand pour que les banques centrales ne fassent pas tout ce qui est en leur pouvoir pour le contrer ; la FED, c’est entendu, ne représente plus un danger pour les marchés ;

3- les valorisations européennes sont encore éloignées de leurs fondamentaux et doivent pouvoir rattraper ce retard ;

4- les mesures de relance adoptées par le gouvernement chinois finiront par porter leurs fruits.

Il est intéressant de revenir sur chacun de ces arguments.

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Quand l’emploi américain va, est-ce que tout va aussi bien ?

Les entreprises américaines continuent à créer des emplois à tour de bras, défiant tout à la fois les conséquences du plus long shutdown de l’histoire américaine, celles du contrecoup financier de la fin de l’année dernière et la dégradation de leurs résultats. Or, pour les marchés financiers internationaux, un peu comme le vieux dicton français le disait à propos du bâtiment : « quand l’emploi américain va, tout va », surtout quand la FED promet de n’y pas interférer ! Le relevé des compteurs conjoncturels du reste du monde illustre, pourtant, une toute autre histoire. En l’occurrence, celle d’une conjoncture mondiale en bien mauvaise passe, aspirée par une économie chinoise de plus en plus mal en point qui, de fil en aiguille, semble paralyser le reste de l’Asie et progressivement l’Europe. La stratégie d’isolement de D. Trump semble donc porter ses fruits, avec, dorénavant, la FED en grand renfort. Les indices boursiers américains apprécient, ceux du reste du monde sont tentés de suivre, avec cependant de moins en moins de bonnes raisons de le faire. Jusqu’où peuvent aller ces distorsions ?

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Perspectives financières : abstinence monétaire

Ralentissement de la croissance et de l’inflation mondiales suggèrent peu d’évolutions des taux d’intérêt en 2019. L’instabilité risque cependant de prédominer à ce stade particulier du cycle quand, par ailleurs, la multiplication des expériences populistes, n’est guère propice à l’apaisement des marchés obligataires.

L’incertitude politique occupe une large place parmi les interrogations que soulève l’exercice prévisionnel. À cet effet, l’issue des élections européennes pourrait constituer le point d’orgue du contexte souverain en zone euro, avant même la nomination du nouveau président de la BCE.

Par ailleurs, 2019 devrait marquer le haut de cycle des profits des entreprises cotées du monde développé qui auront vraisemblablement du mal à assurer des résultats à la hauteur des attentes que reflètent des valorisations fondamentales.

2019 se présente comme une année financière chahutée au cours de laquelle l’aversion au risque semble devoir prédominer.

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